« CETTE ATTENTE NOUS TUE »
INTERVIEW POUR L’EXPOSITION WAITING

Dans le cadre de l’exposition « WAITING – Une réflexion sur l’attente », nous proposons une série d’interviews d’artistes journalistes qui exposent et qui ont trouvé refuge au sein de La Maison des Journalistes – MDJ.

L’auteur, Mortaza Behboudi, présente, à travers différentes photographies et un documentaire, le quotidien des réfugiés en Grèce. Il décrit leurs conditions de vie et se reconnait aujourd’hui dans ce qu’il a lui-même vécu hier.

Lors de l’exposition « Waiting », vous proposez différentes photographies et un court-métrage, quel est le message que vous désirez faire passer ?

J’ai pris une cinquantaine de photos lors d’un voyage d’études en Grèce dans le cadre de mon cursus en relations internationales. J’ai pu visiter quatre camps de réfugiés. Le but c’est de donner la parole à ceux qui s’y trouvent. Certains attendent pendant plus de 3 ans sans réponse de l’administration grecque. Parfois, ils attendent 4 heures pour un repas. Il faut patienter pour prendre une douche, les familles sont entassées dans des mini conteneurs. Il y avait une femme enceinte dans le camp. Elle a donné naissance à une fille, qui n’a pas eu accès à des médicaments pendant 7 mois. J’ai parlé avec eux et j’ai réalisé des interviews condensées dans un court-métrage que j’ai réalisé : «Waiting».

Dans l’un des camps, à une heure d’Athènes, il y a près de 3000 réfugiés, dont 50% d’enfants, qui n’ont pas accès à l’éducation. Les journalistes sont interdits dans les camps. Avec l’aide de réfugiés syriens, j’ai réussi à m’introduire avec ma caméra. Il faut alerter l’opinion publique sur cette situation, souligner l’attente des enfants : ils n’ont rien à faire, pas d’atelier, pas d’activités culturelles.

Quel a été le chemin parcouru depuis la prise des photos et votre présence à l’exposition ?

A travers mes photos, je voulais montrer l’attente au sein des pays de transits. Les réfugiés passent par la Grèce pour aller en Italie, en Allemagne ou en France. Qui plus est, la traversée est très dangereuse. Lorsqu’ils arrivent à Athènes, ils doivent patienter car la procédure est très lente. Pour moi, c’était très intéressant d’assister aux problématiques qu’on rencontre dans les camps : la barrière de la langue, les conflits culturels comme par exemple les femmes syriennes qui ne veulent pas être traitées par des médecins hommes.

J’ai aussi pu constater que les bénévoles manquent, parfois ils sont 15 pour 3000 migrants.  Les bénévoles viennent d’Italie, de France et payent tous leurs frais. Les camps sont financés par l’Organisation des Nations Unies. Sur place, il y a également la Croix Rouge, Médecins du Monde… On a eu la chance de parler avec le Ministère des Affaires Étrangères grec qui a indiqué que « depuis la crise financière et la situation actuelle, il est très difficile pour la Grèce d’offrir des conditions d’accueil convenables aux migrants. »

Comment avez-vous vécu votre période d’attente depuis votre arrivée en France ?

Quand je suis arrivé, j’ai pensé à cette phrase d’une syrienne « cette attente nous tue » issue du documentaire Waiting. J’ai moi-même dormi pendant 3 semaines dans la rue en attendant un hébergement. Aujourd’hui on voit encore beaucoup de migrants qui dorment dehors. La procédure pour obtenir une réponse de l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) a duré 5 mois. C’est très dur d’aller aux Restos du Cœur midi et soir, j’ai moi-même beaucoup souffert de cette attente et je me suis reconnu dans ces réfugiés que j’ai rencontré en Grèce.

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