Peinture d’espoir

INTERVIEW POUR L’EXPOSITION WAITING

Article rédigé par Romain Vignaux

Dans le cadre de l’exposition « WAITING – Une réflexion sur l’attente », nous proposons une série d’interviews d’artistes journalistes qui exposent et qui ont trouvé refuge au sein de La Maison des Journalistes – MDJ.

Shiyar Khaleal est un journaliste kurde de Syrie, arrêté en 2013 à Damas. Il est resté emprisonné jusqu’en 2015. Accueilli à la Maison des journalistes, il témoigne de son expérience de l’attente dans son parcours à travers différentes peintures.

L’une des peintures exposée à WAITING par Shiyar Khaleal

Que sont les tableaux affichés à l’exposition, que représentent-ils ?

Les peintures parlent de la situation de l’attente dans la prison en trois étapes:

Dans la première situation, c’est quand j’ai été détenu pendant deux ans et demi chez les services de sécurité du régime syrien, où j’ai connu la torture, la peur et la douleur, en attendant d’obtenir la liberté pour laquelle j’ai été arrêté et fouillé toute ma vie.

Dans la deuxième situation, elle exprime l’attente publique et les détails quotidiens en Syrie, en attendant la justice pour le peuple syrien, en acquérant la liberté qu’est nécessaire pour l’obtenir. Mais le régime les a réprimés avec le meurtre et l’arrestation.

Enfin la troisième situation parle de la période d’attente en France où je me suis réfugié après ma sortie de la prison du régime, en attendant d’avoir des papiers qui permettent d’engager les démarches administratives qui font partie d’une des routines de ce pays.  J’ai traversé ces trois situations en tirant ma force de l’espoir que je porte dans mon cœur.

Comment avez-vous vécu cette période d’attente ?

Le moment d’attente en Syrie était le plus difficile: j’ai passé deux ans et demi à attendre le lever du soleil et la liberté, à attendre pour se débarrasser de la peur, de la terreur et de la torture, des moments d’oppression, de pleurs et de tristesses.

Ici en France, la situation est différente: l’attente est liée aux papiers de routine, à la décision de votre sort dans ce pays, aux détails de votre travail et de votre lieu de résidence, et à l’attente du lever de soleil depuis la Syrie.

Oui, il y a une grande différence entre attendre en Syrie sous la torture, l’oppression, l’arrestation et le meurtre et attendre ici en France près d’un bar où la musique classique française  résonne ou à la bibliothèque Shakespeare à Paris.
Mais l’attente reste un sentiment étrange qui vous permet de regarder les détails du lever et du coucher du soleil le plus profond.

L’attente a été associée dans toutes mes étapes avec l’espoir de la liberté et de vivre dans la dignité et la justice pour la Syrie et  pour moi-même.

Est-elle source d’inspiration ?

Mon inspiration était de dessiner ces peintures à partir des étapes que j’ai traversé pour atteindre le succès et la liberté pour moi-même, ma famille et mon pays.

A la fin, j’ai travaillé sur ces peintures et l’incarnation de ces situations en utilisant des matières premières, des couleurs et de la cire, ce qui incarnaient la situation de la détention, l’attente et la liberté de justice.

Découvrez d’autres articles de l’Oeil de l’exilé :

/par

Théâtre : hommage à Anna Politkovskaïa et à la liberté d’informer

[THÉATRE] Opposante au jeune président Vladimir Poutine, Anna Politkovskaïa était un symbole vivant bien avant sa mort. Célèbre autant pour avoir couvert le conflit tchétchène et les exactions de l'armée russe, que pour ses investigations sur le pouvoir en place, la corruption, les violences, Anna Politkovskaïa était particulièrement menacée.
/par

Prison sans jugement pour le partage d’une publication Facebook

[CENSURE] Eddie Armel Kouassi, 20 ans, étudiant et cyber activiste fait désormais partie des pensionnaire de la plus grande prison civile de Côte d'Ivoire, la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (MACA). Les autorités ivoiriennes lui reprochent d'avoir traité le Président Alassane Ouattara et Fabrice Sawegnon, le candidat malheureux a la mairie, d'étrangers.