RD Congo : veillée d’armes entre l’Eglise et César

Par Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais, réfugié en France

L’Eglise catholique, vent debout contre le régime en place, à Kinshasa ? C’est une évidence. Et, il s’agit, déjà, d’une veillée d’armes entre un « cardinal têtu », Monsengwo, réfractaire à la dictature, et un « autocrate schizophrène », Kabila, qui ne lâche rien. Et, qui ne lâchera rien. Dès lors, faut-il déjà penser à l’arène, dont l’issue du combat devra être actée par la perte sanglante d’un des gladiateurs ?

A l’analyse, cette question n’est pas anodine. L’un est prêtre. Il a la masse des chrétiens derrière lui : 80 % des citoyens de la République Démocratique du Congo sont catholiques sur une population évaluée à près de quatre-vingts millions de personnes. C’est une force indéniable. A l’externe, il a la sympathie de la communauté internationale, à en juger par les réactions enregistrées, de partout. L’Onu, le Vatican, l’Union européenne, les Etats-Unis, la France, la Belgique (qui a même suspendu son aide), les églises catholiques africaines, tous ont appelé le pouvoir de Kinshasa à mettre de l’eau dans son vin. A s’assagir.

L’autre est César. L’Etat, tout-puissant. Il dispose d’armes sophistiquées et d’une garde prétorienne, plutôt qu’une armée républicaine. Fanatisée et soudoyée, à souhait. Comme c’est le cas un peu partout en Afrique. Celle-ci est évaluée à plusieurs dizaines de milliers d’hommes. Des desperados, formés à la gâchette facile contre le peuple.

Telles sont les forces en présence. Mais, en attendant la fin, celle qui signera la victoire de l’un ou l’autre, un jour, les deux adversaires se toisent. Ils se mesurent, à travers des escarmouches, en joutes oratoires, en actes concrets et autres stratégies de guerre. Y compris la calomnie et des propos à la limite de l’injure, en ce qui concerne exclusivement les affidés du camp présidentiel.

Atmosphère délétère. Prudence !

Des joutes oratoires

Le prêtre, multidiplômé, polyglotte (il parle 15 langues, selon ses proches). Il est déjà monté au créneau, à deux reprises. Fin décembre, il qualifie les dirigeants, tous, de « médiocres ».  Mardi, 23 janvier, il enfonce le clou : « Nous voulons que règne la force de la loi et non la loi de la force ». Naturellement, César se tait, ne pouvant pas tenir tête à cet érudit, de notoriété publique.

C’est sa cour qui s’essaie, avec disgrâce, de répliquer. Un thuriféraire s’hasarde : « Mais, le cardinal est un putschiste qui a raté son coup ». Un autre, sans la moindre notion de sémantique, éructe : « Mais, médiocre est une injure grave ». A l’affût, un abbé y répond, avec aplomb : « Mais, médiocre n’est pas une injure, c’est une évaluation ».

Des actes

A deux reprises, le prêtre a mobilisé ses troupes. Les chrétiens sont sortis, en masse, aussi bien à Kinshasa, la capitale, qu’en province, chapelets, crucifix et rameux à la main. Rameaux, en signe de paix, mais aussi – en filigrane – en perspective de victoire. César, se sachant déjà au pied du mur, sans aucune autre prise sur la réalité que la force, lâche ses «tontons macoutes» pour tuer. Tuer son propre peuple. En deux temps : seize tués et plusieurs dizaines de blessés. Un alter ego de Bachar el Assad, en Syrie !

Lundi, 22 janvier, après le massacre perpétré dimanche, à Kinshasa, les cadres du parti présidentiel (PPRD) se sont réunis dans le cadre d’une restructuration devant aboutir à la nomination d’un président. Celui-là même qui sera désigné comme candidat à la prochaine présidentielle. C’est le nom de Kabila qui a été retenu. Sans surprise. Mais, également, sans un seul mot pour la mémoire des morts !

Tout est clair. Quoique voltigeant dans le vide, Kabila ne lâchera pas prise. Quels seront les prochains épisodes ? Tout indique que les fronts ouverts sur le champ de bataille ne vont pas se refermer. Bien au contraire. Car, entre un « têtu démocrate », d’un côté, porté par le peuple, et un « dictateur schizophrène », honni, mais suffisamment armé, le compromis n’est pas possible. C’est donc la guerre, en perspective.

L’atmosphère y est des plus délétères. Le prêtre s’y prépare, en faisant attention à tout. Même à sa nourriture, de peur d’être empoisonné, selon un long reportage de Sonia Rolley, journaliste à RFI. « Vox populi, vox dei », « La voix du peuple, c’est la voix de Dieu », se vérifiera-t-il, cette fois-ci, comme ça toujours été le cas ?                                                                                  

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