Breakfast of Champions

Une file d’attente constituée de migrants qui attendent de recevoir un petit déjeuner, voila comment commence le documentaire « Breakfast of Champions ». Journaliste Turc exilé, Beraat à travaillé dans deux journaux à Istanbul, fermés depuis le coup d’état manqué, en juillet 2016. Auparavant reporter pour les informations internationales du journal « Zaman » et chef de services des informations internationales pour le journal « Meydan » ainsi qu’éditeur, Beraat est depuis un an et demi, demandeur d’asile en France, et depuis 5 mois, résident à la Maison Des Journalistes. 

Son documentaire, « Breakfast of Champions » réalisé à l’aide de son smartphone, raconte l’attente des demandeurs d’asile dans leur démarche pour obtenir des papiers. Vu et revu, le sujet est pourtant innovant car il est filmé de l’intérieur. On se retrouve dans des files interminables ou au milieu de tentes, les pieds dans la neige.

La patience des champions

Beraat explique sa démarche : « J’ai fait ça quand j’étais dans cette queue, pour obtenir mon premier entretien avec la Plateforme d’Accueil des Demandeurs d’Asile (PADA). Je me suis retrouvé en fin de queue parce que je suis arrivé à 6 heures du matin. C’est très tard alors qu’ils ouvrent à partir de 9 heures. Je me suis dit sur le moment que c’est une histoire à raconter. C’est des réflexes de journalistes.’’ Quand les portes s’ouvrent, une cinquantaine de personnes sont acceptées. « Ils ont fermé la porte aux deux-cents autres », leur demandant de revenir le jour suivant. « Si tu prévois de revenir le lendemain, c’est que tu restes dans la rue en attendant »’. Un manque d’humanité qui énerve Beraat. A côté de la file d’attente, des bénévoles, proposent un petit-déjeuner aux migrants. « C’est l’autre côté de l’histoire. On a d’un côté un état qui ferme la porte, et de l’autre, des gens qui l’ouvre ». Son titre « Breakfast of Champions », Beraat l’a trouvé en s’inspirant de sa vision de ces hommes et femmes. « Ils ont réussi à venir jusqu’ici, en survivant à une dictature ou a une guerre, c’est des champions pour moi ».

Une demande d’asile lente et douloureuse

Son documentaire montre la situation, qui n’évolue pas. « Après un an et demi, ils sont toujours là, dans le froid et sous la neige ». L’attente encore. « Moi aussi j’espère toujours recevoir mes papiers. J’ai déjà fait trois entretiens avec l’OFPRA« , mais à ce jour, pas de réponse. Avant la tentative de coup d’état, Beraat s’occupait des pages internationales et rédigeait tous les articles concernant les migrants. « C’était mon sujet ». Aujourd’hui, il est devenu son propre sujet. « C’est absurde. Je me trouvais dans la queue, avec eux et je me disais qu’il fallait que je montre ça. » Présenté dans plusieurs festival, le court documentaire a déjà reçu le prix « Best Short Film » au festival de Berlin Short Film Festival. Beraat attend avec impatience une réponse de l’OFPRA « ça va être le commencement de pleins de choses. Je vais pouvoir avoir un travail, un compte bancaire et un logement. » En attendant, il veut continuer à raconter des histoires « car pour moi c’est le rôle du journaliste », mais compte se tourner cette fois-ci, vers le cinéma.

Découvrez d’autres articles de l’Oeil de l’exilé :

/par

« Un jour, peut être, je reverrai la mer d’Ismir » – Portrait de Lalbi, journaliste turc exilé

[TÉMOIGNAGE] "Si je n'avais pas téléphoné à ma mère ce jour-là, aujourd'hui je serais probablement en prison. A présent je ne peux pas rentrer en Turquie, la police m'appréhenderait à l'aéroport : c'est le prix que je paye pour avoir partagé mes caricatures sur Internet". "Le coup d'Etat de juin 2016 ? Cela n'a été qu'une mise en scène. Le Président Erdogan veut détruire la démocratie en Turquie, effacer Atatürk de la mémoire collective et devenir le chef de la communauté musulmane au Moyen-Orient. La révolte n'était qu'un prétexte pour renforcer son pouvoir".