Concert solidarité pour les Droits et les Libertés en Turquie

Article écrit V.Z.

Samedi soir s’est déroulé dans une salle du 11ème arrondissement de Paris, un concert de solidarité pour les droits et les libertés en Turquie. Sous fond de musique turc, les gens prennent place. La salle est remplie. Le Président du collectif pour les droits et libertés en Turquie, à l’initiative de cette soirée, monte sur scène. Il revient sur l’état d’urgence instauré en juillet 2016 après la tentative de coup d’état et dresse le constat : des dizaines de milliers de personnes ont perdu leurs emplois depuis.

Essentiellement dans les domaines de l’enseignement, où près de 9000 universitaires auraient été renvoyés et plus de 300 journalistes seraient emprisonnés. Ce qui fait de la Turquie la plus grande prison au monde selon Reporters Sans Frontières.

A cela, il dénonce le « silence complice des pays Européens » et demande notamment une annulation de l’accord passé entre la Turquie et les pays Européens concernant les migrants.

Erdal Kılıçkayal, Président de la Fuaf Haber Fédération Union des Alévis en France (FUAF), prend ensuite la parole pour parler de la situation des Alévis, minorité religieuse, ils sont souvent qualifiés de « progressistes » de l’islam pour leur courant hétérodoxe de l’islam.

Le droit des Alévis en Turquie

Le président de la FUAF énumère les droits qui ne sont pas les mêmes pour les Alévis et leur non représentation dans la vie politique. Dans les 81 Préfectures du pays et les 957 sous-préfets en postes, aucuns ne serait Alévis. Stigmatisés dans leur pays, cette minorité religieuse est victime de menaces. Sur les portes de leurs maisons est souvent tagués, comme lors de l’antisémitisme des années 30, des croix et des phrases violentes telles que « Morts aux Alévis ». (photo + Source)

Pour Erdal Kılıçkayal ‘’Tout tend à montrer que la situation ne fera que s’empirer’’. Faysal Sarıyıldız, député du Parti Démocratique des Peuples (HDP) de Şırnak, révoqué, vit actuellement  en exil. Il revient sur des cas concrets de ce qu’il se passe en Turquie.

« Dire non à la guerre et oui à la paix est considéré comme un délit et cela peut vous faire aller en prison et juger ».

« Depuis ces 20 derniers jours, avec les derniers événements, les gens ont partagés leurs idées sur les réseaux sociaux. »

« Plus de 650 personnes ont été arrêtés et passent en jugement. »

L’ancien député dénonce aussi l’interdiction survenue dans la semaine, d’une pièce de théâtre jouée par des enfants dans une école en Turquie pour la phrase prononcée durant la représentation « Qu’il n’y ait pas la guerre, qu’il y ait la paix. »

Ce climat apocalyptique règne en Turquie depuis deux ans. En juin 2015, aux élections législatives, l’AKP, parti de la justice et du développement a obtenu une défaite, avec 13 % des voix. Un échec qui touche particulièrement Erdogan, co-fondateur du parti en 2001. Depuis Faysal dénonce une répression ‘’Aujourd’hui, on se trouve face à un pouvoir fasciste tel que nous l’avons connu dans l’histoire, avec Hitler et Mussolini’’. Selon lui, les pays européens sont passifs à cause des intérêts. « L’Europe est le centre du libéralisme et en Europe ce ne sont pas les valeurs de l’éthique et du sentiment qui
dominent mais ce sont les intérêts ». « J’en suis sur d’une chose, les dirigeants qui sont en lien avec Erdogan le déteste mais ne sont condamnés à ne rien pouvoir faire. »

« La vérité devient une opinion. »

 

Le concert de musique turc vient détendre l’atmosphère avant la table ronde entre Pierre Haski, ancien journaliste à Libération et Président de RSF, Guillaume Perrier, ancien correspondant du monde à Istanbul, et Pinar Selek, sociologue, militante antimilitariste féministe et écrivaine turque qui vit en exil en France.

Pierre Haski revient sur la liberté de la presse en Turquie.

Depuis la tentative de coup d’état, 160 journalistes auraient été arrêtés. Selon le Président de Reporter Sans Frontières, la liberté de la presse ‘’n’est pas que l’affaire des journalistes’’, puisque ‘’s’intéresser au sort des journalistes dans le pays revient à s’intéresser au bien commun du pays : la démocratie.’’ Un peu près 150 médias ont fermé au cours des derniers mois et depuis quelques semaines, une escalade se poursuit dans cette  offensive.

La liberté de la presse est atteinte, et cela se voit particulièrement avec le journalisme patriotique qui s’est crée autour de l’affaire des frères Altan. Pour Pierre Haski, les autorités Turcs ne respectent pas la justice.

‘’Il y a une violation de leur propre loi’’, fait-il savoir sur le procès très controversé d’Ahmet et Mehmet Altan. Pinar Selek, exilée en France pour avoir été accusé de terrorisme en Turquie parle de la peur instauré par l’état. ‘’Le niveau d’arbitrage a changé. Ils n’obéissent plus à leurs propres lois.’’ Selon elle, il y a dix ans, les arbitrages étaient ciblés, aujourd’hui ‘’tout le monde peut-être touché’’. En exemple à cela, l’emprisonnement du Président d’Amnesty International en Turquie, Taner Kiliç.

Pierre Haski parle ensuite de l’espace de résistance en Turquie en déplorant la dangerosité de la liberté de parole sur Internet.

« Des personnes sont en prison aujourd’hui pour un tweet »

Les mots n’ont plus le même sens dans un environnement tendu. « La vérité devient une opinion. C’est du novlangue : Etre indépendant c’est être opposant. »

Pour lui, le paradoxe en Turquie est qu’un journal qui ‘’fait son travail’’ devient un journal d’opposition, comme Cumhuriyet, le journal Turc qui a publié les caricatures de Charlie Hebdo après les attentats. « D’un coté, le journal est protégé par la police postée à l’entrée. De l’autre, il y a un acharnement politique et judiciaire. » Pinar Selek conclue cette table ronde sur la résistance qui est « créative ».

Selon elle, ce nouveau cycle de contestation non violent, né il y a une vingtaine d’année, est la porte de sortie face au régime d’Erdogan. « Sous la répression, il y a une convergence » marquera la fin de la soirée.

Découvrez d’autres articles de l’Oeil de l’exilé :

/par

Il y a 28 ans, jour de fête nationale, commençait le génocide mauritanien

[CRIMES CONTRE L'HUMANITÉ] 28 ans après l'indépendance qui divise encore la Mauritanie, des veuves et des orphelins sont descendus dans la rue pour commémorer les pendaisons des militaires noirs d'Inal, les 27 et 28 novembre 1990. Cette manifestation a été réprimée par les forces de police. Le communiqué ci-dessous des victimes montrent l'unité nationale encore loin car victime de son passé non résolu. L'Etat a reconnu sa responsabilité dans ces crimes mais peine à donner des droits aux victimes.