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L’ex-prisonnier a salué l’engagement du président français pour sa libération

 

Par René DASSIE [renedassie @ sfr . fr ]

 

Libéré lundi à la faveur d’une grâce présidentielle, Michel Thierry Atangana est arrivé vendredi tôt le matin à l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle. Il a remercié la France et notamment le président François Hollande, pour la mobilisation qui a conduit à sa libération, après dix-sept de détention à Yaoundé, la capitale camerounaise, pour des détournements de fonds qu’il a toujours niés. Il souhaite désormais tourner la page et reconstruire sa vie de famille.

 

michel atangana paris 1

 

« Pour l’instant Je suis extrêmement usé mentalement, moralement. Le choc est un choc que vous ne pouvez pas imaginer. Ce n’était pas dix-sept ans dans une prison. C’était dix-sept ans dans une cellule en isolement. Pour l’instant, il faut d’abord que je retrouve intérieurement les codes de la société française que je partage totalement, pour m’exprimer de manière libre .» Il est environ 7h30 ce vendredi, lorsque Michel Thierry Atangana prononce ses premières paroles d’homme libre de retour chez lui. Nous sommes dans le pavillon des réceptions de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulles.

 

Veste sombre et chemise blanche, les traits tirés, marqué par sa longue détention, l’ingénieur financier de 49 ans, qui est sorti de prison lundi suite à un décret signé une semaine plus tôt par le président Paul Biya a dû céder à l’insistance des journalistes, pour s’exprimer. Il voulait prendre quelques jours pour se reposer et se soigner, avant de parler à la presse. Il hésite, visiblement un peu perdu, cherche ses mots. Ce qui ne l’empêche pas d’exprimer sa gratitude envers le président François Hollande. « Ce qu’a fait le président François Hollande, c’est un effort d’une haute grandeur sur le plan humain. Je dois simplement dire merci ce matin. Merci toute la France, merci à mon pays. Je suis content de revoir mes enfants, de revivre ».

 

Une heure plus tôt lorsqu’il est arrivé, aucune caméra n’a filmé sa descente d’avion, Paris ne souhaitant pas froissé davantage Yaoundé, en laissant croire qu’il s’agit de la libération d’un otage. Un véhicule officiel est cependant venu chercher l’ex-prisonnier et sa suite, certains de ses avocats et soutiens camerounais. Direction le pavillon des réceptions où a été prévu une conférence de presse. Il y a là des officiels, notamment Hélène Conway-Mouret, la ministre des Français de l’étranger et Jean-Yves Leconte, le sénateur représentant les Français établis hors de France. Il y a aussi des membres du comité qui l’a soutenu en France, dont son président Dominique Sopo et son Porte-parole Ibrahim Boubakar Keita, par ailleurs président de BDM TV. Mais il y a surtout son fils Éric, âgé de vingt-deux ans, qui a ému la France lors de ses interventions dans les médias audio-visuels.

 

Éric Atangana se jette dans les bras de son père et l’étreint longuement. Il ne peut retenir ses larmes. Il avait cinq ans lorsqu’il l’a vu pour la dernière fois, avant son départ pour le Cameroun, où il passera dix-sept ans en détention. Le jeune adulte n’a désormais qu’une idée en tête : rattraper le temps perdu, reconstruire une relation père-fils qui a été brutalement interrompu. Éric Pleure, mais il pleure de joie. « Le simple fait de le toucher, c’est indescriptible. Je suis tellement heureux de le voir, heureux pour mon petit frère qui avait un an quand il a disparu, heureux de voir ma mère heureuse, et toute la famille. C’est un grand soulagement, énormément d’émotion pour tout ce qui s’est passé. » Et d’ajouter : « C’est un combat très dur qui se termine aujourd’hui. Je suis heureux d’avoir vécu ce combat et d’avoir réussi à faire sortir mon père de prison. Je suis tellement fier de mon père. On va prendre le temps de réapprendre à se connaitre et de reconstruire cette relation père- fils. le projet c’est juste qu’il aille bien dans un premier temps. Il va prendre ses soins médicaux. »

 

Apaisement entre Paris et Yaoundé

 

Dans son intervention, Dominique Sopo revient sur les dures conditions de détention de Michel Thierry Atangana qui ont altéré son état de santé. Il rappelle que sa mère est « morte de chagrin », pendant sa détention. L’ancien président de SOS Racisme salue vivement l’engagement personnel de François Hollande qui a appelé Paul Biya plusieurs fois. Il souligne aussi le rôle de l’Onu, qui a récemment demandé au gouvernement camerounais de libéré M. Atangana. Pour sa part, cet homme qui goûte ses premiers jours de liberté veut désormais tourner la page de sa mésaventure tropicale. Il l’a souligné lors de sa brève intervention. « Je prends ma libération comme un espace édifiant qui permettrait de consolider ce qui est nécessaire pour que les relations lointaines, ancestrales entre la France et le Cameroun continue à porter des fruits. C’est pourquoi nous allons œuvrer à notre petit niveau pour que le dialogue entre les président François Hollande et Paul Biya continue à porter des fruits pour le bien des peuples français et camerounais », déclare-t-il. Le sénateur Jean-Yves Leconte abonde dans le même sens, en soulignant l’importance des relations entre les deux pays. Cependant, il plaide la cause de l’avocate Lydienne Yen Eyoum, une autre Française d’origine camerounaise emprisonnée depuis quatre ans sans jugement à Yaoundé, pour des faits de détournement de deniers publics qu’elle nie farouchement.

 

« Lors de mon passage à Yaoundé, j’ai constaté la situation de Mme Eyoum qui attend son jugement depuis des années dans ses conditions très difficiles qui atteignent à sa dignité. C’est une Française. J’espère que dans la foulée de la prise de conscience du président Biya sur la situation de Michel Thierry Atangana, l’innocence de Mme Eyoum va être établie et sa libération va être faite très rapidement », laisse-t-il entendre, avant de conclure. « Ce serait le parachèvement de cette belle séquence pour laquelle aujourd’hui nous partageons notre joie ». pour sa part, Me Dominique Tricot, un des avocats français de Michel Thierry Atangana insiste sur la réparation par le gouvernement camerounais, du préjudice que son client a subi.

 

Une séance de débriefing à huis clos avec les officiels suit la conférence de presse. Puis Michel Thierry Atangana quitte l’aéroport pour se rendre à l’hôpital du Val-de-Grâce pour des examens. Son fils dont il n’a pas lâché la main depuis leurs retrouvailles l’accompagne.

 

 

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