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[Par René DASSIE’]

Christine Tasin la présidente de l’association Résistance républicaine a été condamnée pour avoir déclaré que « l’islam est une saloperie » par le tribunal de Belfort. Une sanction qui semble réintroduire le « délit de blasphème ».

Christine Tasin [Photo tirée de Liberation]

Christine Tasin [Photo tirée de Liberation]

Frapper au portefeuille pour islamophobie. Le tribunal de Belfort a condamné vendredi à 3000 euros d’amende dont 1500 avec sursis Christine Tasin, ex-prof de lettres classiques et fondatrice de Résistance Républicaine, une association anti-islam, pour incitation à la haine raciale.

Cette agrégée de lettres classiques qui collabore également à Riposte Laïque un site dédié à la lutte contre l’islamisation de la France et dirigé par son compagnon, ancien typographe et ex-délégué syndical CGT à la Tribune était poursuivie par des associations musulmanes, pour avoir qualifié l’islam de « saloperie », devant un abattoir mobile installé pour le sacrifice rituel de l’Aïd el-Kébir à Belfort. L’échange avait été filmé et est toujours disponible sur [YouTube].
« Oui je suis islamophobe et alors ? La haine de l’islam, j’en suis fière. L’islam est une saloperie (…), c’est un danger pour la France », déclarait-elle alors face à des membres de la communauté musulmane et de la Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie (CRI) lesquels lui répondent que son discours était motivé par la « haine de la religion » et le « racisme ». D’où la plainte de la CRI.
« On peut néanmoins se réjouir que le parquet ait décidé de sanctionner la militante d’extrême-droite, là où d’autres s’en étaient sortis sans problèmes. C’est lors de ces procès qu’il est donné l’occasion de reconnaître publiquement l’islamophobie comme un phénomène réel », se félicite [islamophobie.net].

On peut reprocher à Christine Tasin qui avait organisé l’apéro saucisson-pinard et les «Assises contre l’islamisation de l’Europe», aux côtés du Bloc identitaire, un mouvement d’extrême droite, la violence de ses écrits qui frisent parfois la paranoïa vis-à-vis de la religion de Mahomet. Au quotidien, Mme Tasin et les adhérents de son mouvement ignorent le pacifisme de l’immense majorité des musulmans, et ne rapportent que les méfaits des plus extrémistes d’entre eux, qui constituent une infime minorité. Cependant, l’interprétation juridique des propos qui l’ont conduit devant la barre est, sauf erreur, inédite et ne peut manquer d’étonner, au vu de la jurisprudence récente.

Belfort, le tribunal de grande instance. [Photo tirée de belfortains.fr]

Belfort, le tribunal de grande instance. [Photo tirée de belfortains.fr]

Car, pour requérir sa condamnation, le parquet de Belfort a estimé que ses propos étaient de « nature à susciter le rejet des musulmans en les désignant comme un danger pour la France ». Une confusion évidente entre la critique d’un livre religieux et la stigmatisation de ceux qui adhèrent à son contenu. Or, il y a une douzaine d’année, le tribunal correctionnel de Paris avait interprété de manière totalement opposée des propos similaires tenus par l’écrivain Michel Houellebecq. Dans une interview publiée dans la revue Lire peu après la parution de Plateforme, son roman qui traite à la fois du tourisme sexuel et de l’Islam, l’auteur avait déclaré que «La religion la plus con, c’est quand même l’islam», ajoutant qu’il avait été «effondré» à la lecture du Coran. Alors que des associations du culte musulman demandaient sa condamnation, le procureur de la République, avait estimé que les propos de Michel Houellebecq visaient l’islam et non les musulmans. Une position sur laquelle s’était alignée la 17e chambre correctionnelle de Paris, présidée par Nicolas Bonnal, laquelle avait statué qu’«Ecrire que ‘l’islam est la religion la plus con’ ne revient nullement à affirmer ni à sous-entendre que tous les musulmans devraient être ainsi qualifiés». L’écrivain avait été relaxé.
Cinq ans plus tard, en 2007, le journal satirique Charlie Hebdo avait pareillement été déclaré non coupable, à l’issue de son procès dans l’affaire des caricatures de Mahomet. «Dans une société laïque et pluraliste, le respect de toutes les croyances va de pair avec la liberté de critiquer les religions, quelles qu’elles soient», avaient expliqué les juges, tout en rappelant que le blasphème n’est plus réprimé en France.
Si la loi sanctionne en effet lourdement les injures envers les personnes « à titre de leur appartenance, ou non appartenance religieuse », la liberté d’expression et la laïcité autorisent à l’opposée tout un chacun à critiquer ce que d’aucuns considèrent comme sacré, c’est-à-dire la religion. Car celles-ci sont « des idéologies comme d’autres, et injurier une idéologie, un système de pensée, n’est pas insulter les personnes qui y adhèrent », comme l’expliquait il y a quatre ans dans une interview accordée à [Metro news] Jean Boulègue, ancien professeur de Paris I et spécialiste de l’histoire africaine.
Le « délit de blasphème », en vigueur dans certains pays musulmans comme le Pakistan, a en effet été aboli en France en 1791. Seul le code pénal de l’Alsace et la Moselle sanctionne encore deux délits de cette nature, dont celui de « blasphème publique contre Dieu » en vertu d’un héritage de l’annexion entre 1871 et 1918 par l’Empire d’Allemagne. Toutefois, la dernière application par la justice y remonte à 1957.
Pour autant, du procès de Jacques Richard pour l’affiche de son film « Ave Maria » à celui de Christine Tasin, plus de vingt procès ont été intentés depuis 1984 contre les injures envers une religion. C’est l’intégrisme et l’épiscopat catholiques qui ont initié ce mouvement auquel se sont jointes les associations musulmanes. « La stratégie des partisans du rétablissement du délit de blasphème a été de tenter de faire confondre par les tribunaux l’injure envers une religion et l’injure envers les personnes qui y adhèrent. Ceci rétablirait, de fait, le délit de blasphème », analysait Jean Boulègue.
Jusqu’à l’affaire Tasin, la position de la justice française avait presque invariablement été de rejeter toute action assimilable au délit de blasphème. C’est pour cela que la condamnation dont elle a été l’objet constitue une régression et pourrait créer un dangereux précédent.

 

 

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