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[Par Jean-Jules LEMA MANDU]

2015 et 2016 ont été qualifiées d’«années des élections africaines». Sept consultations cette année et sept l’année prochaine. Quatorze, au total. Un bon chiffre au compteur pour un test de démocratie.

North Darfur Woman Votes in Sudanese National ElectionsElles ont eu lieu, au Togo, en mai; au Burundi, en juin; elles viennent de se dérouler, en octobre, en Guinée Conakry et en Côte d’Ivoire ; elles ont mal tourné, en Tanzanie, où elles ont été invalidées, à Zanzibar (1), en raison des fraudes supposées. Elles sont reportées au Burkina à fin novembre. Avec une seule incertitude pour la Centrafrique.

Peut-on, déjà, en établir une sorte de bilan à mi-parcours, en attendant l’entrée en jeu du Burkina, l’issue de la confusion, en Tanzanie, et la possibilité de vote en Centrafrique ?

D’abord un mot sur les élections d’avant le multipartisme, en 1990 : la victoire des dictateurs était gravée dans le marbre. Sans coup férir.

Quant aux désaccords ayant conduit aux grandes rébellions, en RD Congo, en 1964 et en Angola, en 1975 ou au déclenchement de la guerre du Biafra, au Nigeria, en 1967, ceux-ci avaient plus d’accents ethniques qu’une option sur l’idéal démocratique à atteindre.

Mais avec la chute du Mur de Berlin, en 1989, c’est comme si l’Afrique dictatoriale avait subi un choc et craqué. Sans totalement tomber, ses murs ont néanmoins encaissé d’importantes fissures. Beaucoup d’analystes continuent à  y voir une «période charnière», longue et douloureuse, inaugurant une nouvelle Afrique politique.

C’est dans cette brèche saignante qu’il faut placer la «guerre des élections» en cours. Certes, les contextes diffèrent, d’un pays à l’autre, mais l’objectif poursuivi reste le même : le triomphe de la démocratie.

Pour s’être opposés à l’amendement de la Constitution, par les présidents en place, le Burkina et le Burundi tiennent, dans ce processus, le haut du pavé. L’un est parvenu à écraser l’hydre et toutes ses têtes, tandis que l’autre, à travers un élan de contestation irrésistible, a réussi à fédérer Tutsis et Hutus contre la dérive autocratique d’un président « à la manque ».

Au Burundi, cela constitue un fait politique majeur.

Dans un tout autre registre, s’inscrit le Togo. Avec son statut à connotation dynastique. Le «fils à papa», Faure Gnassingbé, l’a emporté haut la main (58,75 %). Il ne pouvait en être autrement, dans un pays où une armée ethnique continue de jouer le rôle de «gardien du temple».

Voici la Guinée et, surtout, la Côte d’Ivoire. L’opinion était aux aguets, y craignant une nouvelle «saison de machettes». Il n’en a rien été… de dantesque. Les urnes, bon an mal an, ont tranché: Alpha Condé a été réélu (43,69 %), en Guinée, de même qu’Alassane Ouattara (83,66), en Côte d’Ivoire.

Quant aux contestations exprimées ici et là, accompagnées de tensions et de violences (il y a eu des blessés et des morts), elles sont plus liées à la douleur de l’enfantement d’une Afrique nouvelle. Le continent y sera encore confronté pour un temps.

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(1) L’archipel de Zanzibar et le Tanganyka formèrent la Tanzanie, en 1964

 

 

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