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[Par Elyse NGBABIRE]

Le président du parti FNL et premier vice-président de l’Assemblée Nationale s’est vu refuser la rencontre avec la population dans les provinces de Gitega, Cibitoke et Karusi. Pour Aimé Magera, porte-parole de M. Rwasa, il s’agit ni plus ni moins que de l’intolérance politique envers ce « grand » opposant.

« Comment est-il possible de refuser au premier vice-président d’une grande institution comme l’Assemblée Nationale et des députés de la coalition Amizero y’Abarundi d’entrer en contact avec la population alors que cela rentre dans leurs attributions ? » lâche le porte-parole d’Agathon Rwasa.

 

Agathon Rwasa (Polo rayé, à gauche) accueilli par une foule lors de l’une de ses descentes au nord du pays - (Source : Iwacu)

Agathon Rwasa (Polo rayé, à gauche) accueilli par une foule lors de l’une de ses descentes au nord du pays – (Source : Iwacu)

Au Burundi, plus la crise déclenchée en avril 2015 suite au troisième mandat de Pierre Nkurunziza perdure, plus les libertés politiques se restreignent.

Alors que presque tous les opposants politiques ont été contraints à l’exil, Agathon Rwasa, ancien chef rebelle du mouvement Palipehutu est resté au pays et a choisi de mener son « combat » de l’intérieur. Aux élections contestées de juin-juillet dernier, M. Rwasa a été élu pour siéger à la chambre basse du parlement.

Pourtant, le pouvoir de Bujumbura ne lui facilite pas la tâche. Il y a peu, les vacances parlementaires pour la session de juin ont débuté. Une occasion pour les élus du peuple de se rendre sur le terrain et de rencontrer la population qui les a mandatés.

A Gitega, le numéro deux de l’Assemblée nationale n’a pas pu terminer sa mission, l’administration territoriale le lui en a empêché. Comme si un mot d’ordre a été lancé à tous les gouverneurs de province de lui barrer la route, à Cibitoke et à Karusi, les autorités provinciales lui opposeront une résistance farouche.

Selon nos sources, au cours des autres descentes effectuées au nord notamment à Ngozi (sa ville natale, ndlr), Muyinga, Kayanza et au sud du pays, Agathon Rwasa a été accueilli par des foules scandant des slogans de la victoire de cet ancien chef rebelle tels : « Rwasa, Obama ! », « Rwasa, apprête ton costume, le pays est à toi ! » (Rwasa gorora ikoti, igihugu ni rwawe).

« C’est cette popularité qui gêne le pouvoir dominé par le Cndd-Fdd », confient des habitants de Cibitoke.

Même son de cloche chez Aimé Magera, porte-parole d’Agathon Rwasa qui dénonce la complicité à peine voilée du ministère de l’Intérieur : « Celui-ci n’est pas content de regarder en face la popularité galopante d’un opposant politique qui visite et écoute la population, là où le peu de sorties que Pierre Nkurunziza effectue ces derniers temps, n’est accueilli que par des foules quasiment en uniformes policières et militaires. »

Lorsque le vice-président de l’Assemblée Nationale est sommé de ne plus visiter la population qui élit toutes les institutions républicaines, se demande M. Magera, qu’en est-il alors du petit citoyen ? Pour lui, l’exécutif doit comprendre que les deux autres pouvoirs, le législatif et le judiciaire, existent dans tout Etat de droit : « Le contraire serait ni moins ni plus un déni flagrant des principes sacrosaints de la démocratie. »

 

Aimé Magera, porte-parole FNL (Source : DR)

Aimé Magera, porte-parole FNL (Source : DR)

Par ailleurs, le pouvoir, s’indigne Aimé Magera, s’active à encadrer, financer des manifestations qui attisent la haine ethnique et salir les partenaires traditionnels tels que la Belgique, l’Union européenne, les Etats Unis, le Rwanda, voisin du nord, etc.

Honorable Rwasa, observe-t-il, en tant que représentant du peuple et numéro deux de la chambre basse du parlement, comme tout autre élu du peuple, devrait se sentir libre d’effectuer des descentes dans les provinces pour écouter les nombreuses doléances et y apporter des solutions.

Et ces arrestations à grande vitesse

Depuis la prise du pouvoir par le Cndd-Fdd en 2005, M. Magera constate qu’il n’y a jamais eu de répit à l’endroit des militants et sympathisants de son parti et dans les rangs de l’opposition politiques : « Nos militants morts ou emprisonnés se comptent par milliers, d’autres sont recherchés par la police burundaise et traités en parias de la nation burundaise. »

Après les différentes descentes d’Agathon Rwasa à l’intérieur du pays, Aimé Magera souligne qu’il y a eu une véritable chasse à l’homme contre leurs militants.

La situation est d’autant plus compliquée, s’insurge-t-il, que la majorité des activistes des droits de l’homme vivent soit en exil, pour les défendre.

Le porte-parole d’Agathon Rwasa dénonce la contradiction dans le discours officiel. Alors que le pouvoir ne cesse de chanter à qui veut l’entendre que tout va et fonctionne bien à Bujumbura, M. Magera indique qu’il n y a pas un jour qui passe, sans son cortège de pleurs, de lamentations, d’arrestations, d’emprisonnements, de massacres, etc. Et ce, par ceux-là même qui auraient dû secourir cette population, abandonnée à son propre sort : « C’est d’autant regrettable que ceux qui essayent contre vents et marrées d’être à l’écoute du peuple meurtri par la crise, à l’instar du leader charismatique des FNL, se voient opposés un refus d’apporter leur contribution. »

Et d’exiger la libération immédiate et sans conditions de tous ceux qui sont détenus pour leurs convictions politiques.

Agathon Rwasa (pantalon bleu au second plan)  - Source DR

Agathon Rwasa (pantalon bleu au second plan) – Source DR

Au nom de la paix, la justice et la démocratie

Aimé Magera rappelle que le Burundi se trouve à la croisée des chemins. Selon lui, le peuple burundais est appelé à faire un choix : accepter la dictature de facto du système Cndd-Fdd, autoproclamé maître et bourreau du peuple et la liberté. Celle-ci, explique-t-il, garantit une démocratie où il fait beau de vivre dans ses différences ethniques, religieuses ou politiques.

Le Fnl, précise M. Magera, choisit la deuxième option : celle de la liberté. « Depuis notre lutte pour la démocratie, entamée depuis plus de trente six ans, notre combat est resté le même : la paix, la justice et la démocratie», conclut-il.

Signalons que les gouverneurs des provinces de Gitega, Karusi et Cibitoke accusent le numéro deux de l’Assemblée Nationale Burundaise de transformer les visites parlementaires en campagnes de son parti, le FNL.

 

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