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[Par René DASSIE’]

Président d’un pays en crise sociale et sécuritaire qui voit chaque jour s’accumuler les prémisses d’une agitation sociale de grande ampleur, Paul Biya, le chef d’État camerounais, mène la vie de détachement et d’insouciance d’un homme sur le retour.

(source : cameroonvoice.com)

(source : cameroonvoice.com)

Après s’être offert presque un mois de soins et de cure de jouvence dans une clinique huppée de Baden-Baden, station thermale et centre de villégiature du sud-ouest allemand, le président camerounais, qui était officiellement en « court séjour privé » selon la formule consacrée, a regagné Yaoundé dimanche, dans l’après-midi.

Et bien que l’escapade outre-Rhin du dirigeant octogénaire n’était en rien officielle, toute sa foule habituelle d’obligés – le président de l’inutile et coûteux Sénat camerounais, son homologue de l’Assemblée nationale, le Premier ministre et une partie de l’équipe gouvernementale – était à l’aéroport pour l’accueillir.

Même l’ambassadeur d’Allemagne à Yaoundé, Holger Mahnicke, s’est cru lui aussi, obligé de sacrifier son dimanche pour se joindre à la foule des courtisans de « l’homme-lion », célébrant son retour.

Peut-être sa façon à lui de remercier le président-vacancier et dépensier, d’avoir jeté cette fois-ci son dévolu sur son pays. On sait en effet qu’à chacune de ses villégiatures en Europe, comme l’avait révélé le scandale de son séjour à La Baule en France en août 2009, Paul Biya dépense au bas mot le million d’euros.

En mars, le président qui depuis 33 ans ne fait aucune différence entre le Trésor camerounais et sa cassette personnelle avait passé 25 jours à Genève, autre ville de villégiature où il a ses habitudes. Seulement, sa promenade sur les bords du Lac Léman de la capitale helvétique est de plus en plus perturbée par des Camerounais de Suisse, qui manifestent régulièrement, pour le sommer de rentrer au pays. L’Allemagne a donc pu constituer une bonne alternative, les Camerounais qui y vivent n’étant pas spécialement connus pour leur hostilité à Paul Biya.

La Une de Cameroon Tribune de lundi 14 septembre 2015

La Une de Cameroon Tribune de lundi 14 septembre 2015

Dans son édition de lundi, Cameroon Tribune, le quotidien gouvernemental, a salué l’arrivée du président par ce titre sobre: « Paul Biya de retour ». Sur Facebook, un journaliste camerounais basé aux États-Unis a posté plusieurs Unes de ce journal animé par des fonctionnaires et dédié à la propagande d’État, qui depuis trois décennies, portent presque invariablement le même titre: « Paul Biya, le retour ».

Paul Biya le retour ou Paul Biya sur le retour? La deuxième hypothèse semble mieux correspondre à la réalité. Les cures thermales, le bistouri, les coûteuses thérapies cellulaires, qui, comme l’expliquait le chanteur Johnny Hallyday parlant du secret de sa vitalité lors d’une émission de Canal + permettent d’enlever le sang du patient, de l’oxygéner avant de le lui réinjecter pour le régénérer, n’y peuvent visiblement plus rien. Paul Biya est vieillissant et la gestion d’un pays à la tête duquel il se comporte en roi-fainéant depuis trois décennies lui échappe totalement. Peut-être même a-t-il fini par oublier qu’il est président.

Cameroon Tribune, le quotidien d’État dédié à la propagande du Chef a beau célébrer son arrivée, avec son éternel titre « Paul Biya de retour », son incapacité n’échappe plus à personne.

Pour les médias privés camerounais, rappeler que le pays n’est plus dirigé constitue même désormais un marronnier, ce type d’article de faible importance, consacré à un événement récurent et prévisible, dont on se sert pour meubler une période creuse.

Le quotidien Le Messager paraissant à Douala s’est ainsi faussement ému du « silence assourdissant de Paul Biya » face aux crimes répétés des islamistes de Boko Haram, après que les islamistes venus du Nigeria ont tué neuf personnes et blessé une vingtaine d’autres, lors d’un double attentat-suicide commis dimanche à Kolofata dans l’Extrême-Nord du pays. Rien de nouveau: c’est au moins la septième fois en moins de trois mois que le pays est frappé par des attentats-suicides, sans que le président ne daigne s’adresser à la nation.

Une réunion du Conseil des ministres camerounais (source : www.spm.gov.cm)

Une réunion du Conseil des ministres camerounais (source : www.spm.gov.cm)

De son côté, Mutations, un autre quotidien privé, constate que « les absences répétées de Paul Biya paralysent le fonctionnement de l’appareil d’État. » Ça aussi, on l’a souvent dit ces vingt dernières années. Les institutions ne fonctionnent pas mieux, lorsque Paul Biya se trouve au Cameroun. Il organise rarement les conseils des ministres. Le dernier date de début décembre 2014 et n’avait duré que 25 minutes, alors que le gouvernement camerounais, particulièrement pléthorique, comporte plus de 60 membres. Les deux années précédentes, il n’y en avait pas eu.

Le pays peut être au bord de la faillite puisqu’il a été obligé, selon Le Messager, d’emprunter de l’argent pour payer ses fonctionnaires ce mois-ci. La prison de Douala, la capitale économique, à la fois affreusement vétuste et surpeuplée peut partiellement disparaître dans un incendie comme cela s’est passé dimanche. Les ONG peuvent tirer la sonnette d’alarme sur les exactions policières. Des militaires peuvent toujours sortir par centaines dans les rues pour réclamer le paiement de leurs soldes, comme ils l’ont fait à Yaoundé, la semaine dernière.

En quoi tout ceci pourrait-il concerner un président atteint par l’usure du pouvoir? Paul Biya ne se donne même plus la peine d’insulter ses opposants comme il le faisait il y a quelques années, en les traitant d’ « oiseaux de mauvaise augure » ou d ‘« apprentis sorciers ». Récemment, lorsque John Fru Ndi, le président du Social Democratic Front (SDF), le principal parti d’opposition, l’a accusé d’avoir financé les islamistes en leur payant des rançons pour libérer des otages, il n’a pas jugé utile de répliquer.

L’homme-lion a vieilli, il est sur le retour. Lorsqu’il ne se repose pas dans son village du sud du Cameroun, il se repose dans quelque ville d’Europe, où il peut en outre avoir accès à des soins dont la plupart de ses concitoyens ne révéraient même pas.

 

 

 

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