Comprendre les enjeux de la loi “Secret des Affaires” pour les journalistes

[SECRET DES AFFAIRES] 61 voix contre 21. Voici le résultat du vote de la proposition de loi « Secret des Affaires » adoptée jeudi 14 juin à l’Assemblée. Si elle n’est pas la première loi controversée de la République En Marche, la directive sur le secret des affaires alarme la sphère journalistique. Mais attention: si les journalistes et lanceurs d’alerte se dressent au nom de la liberté d’informer, ils ne récusent pas la proposition dans son entièreté. A travers une pétition rassemblant 548.690 signataires, les rédactions et ONG demandent simplement la limitation du champ d’application de la loi au domaine concurrentiel.

“L’affaire de la salle de presse”: l’Elysée réinvente sa communication

En février dernier, la présidence de la République annonçait le changement de lieu de la salle de presse du palais de l’Elysée. Une décision “unilatérale” relayée par Sibeth Ndiaye auprès d’un parterre de journalistes. Les arguments du gouvernement sont nombreux et, s’ils tendent à des améliorations pour le quotidien des journalistes, peuvent aussi apparaître comme une nouvelle forme de communication.

Jusqu’alors, les journalistes avaient accès à une salle de presse donnant sur la cour de l’Elysée, mais simplement en cas d’occasions précises: Conseil des ministres, réceptions… Seules les agences (AFP, AP, Reuters…) y avaient, elles, accès en permanence. La décision d’Emmanuel Macron de bouter hors de la cour présidentielle ces journalistes n’est pas sans rappeler sa relation ambiguë avec les médias.

Locataire depuis 40 ans

Installée à l’intérieur du palais depuis la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, c’est François Mitterrand qui avait par la suite transférée la salle de presse au niveau de la cour, dans un souci de transparence. Impossible à agrandir, cette pièce fait l’objet d’un litige avec le commandant militaire, partageant le mur mitoyen avec les journalistes. L’espace nécessaire doit être d’au moins 70m2 et semble avoir trouvé sa place rue de l’Elysée où son exercice commencera au courant de l’été 2018.

Les arguments de l’Etat

“Augmenter la taille de la pièce” ,“Accréditer plus de journalistes” ,“Créer une salle de réunion dans l’actuelle salle de presse” . Concernant des clarifications sur ces derniers points, l’Elysée n’a pas souhaité répondre. 

Une déclaration d’Emmanuel Macron, relayée par un article du Point, indique que ce déménagement fait partie d’un “projet immobilier global rendu nécessaire par des recommandations de la Cour des Comptes”. Concernant le coût de ce déménagement, l’Elysée, encore une fois, n’a pas désiré apporter plus de précisions. 

Ce qu’il faut comprendre de la communication de l’Elysée

Le gouvernement du “nouveau monde” d’Emmanuel Macron est composé, pour la plupart, de ministres “jeunes” dans la sphère politique. A l’inverse d’une Rachida Dati ou d’un Stéphane Le Foll, rompus à l’exercice de la prise de parole, les nouveaux membres du cabinet ministériel ont encore à apprendre. Il s’agit alors d’éviter la confrontation directe en inventant un rapport cadré, carré, avec des journalistes cadenassés à un lieu précis et des horaires choisis.

Pour le sociologue politique Jacques Le Bohec (professeur à l’Université Lyon 2), l’hypothèse serait que ce soit bien les ministres que ce déménagement avantage “C’est plus par rapport à la communication gouvernementale qu’à sa communication personnelle. Emmanuel Macron est très bien traité par les journalistes.”.

Toujours dans la ligne d’une présidence “jupitérienne”, c’est un énième paradigme que le président Macron instaure par ce changement de lieu. En brisant la traditionnelle image des journalistes interpellant les ministres à leur sortie du Conseil, l’Elysée rompt avec ce lien de proximité.

Le déménagement de la salle de presse de l’Elysée ne fait pas l’unanimité

Depuis le début de son quinquennat, Emmanuel Macron n’a de cesse de bouleverser les codes médiatiques présidentiels. Nouveau changement rue Saint Honoré: la salle de presse déménagera au courant de l’été. Jusqu’ici habitués à évoluer dans la cour du Palais de l’Elysée, les journalistes accrédités vont voir leur quotidien désormais modifié. Evolution d’une stratégie de communication ou mise à distance dans le rapport de confiance, les avis divergent concernant cette volonté de déménager la salle de presse. 

Changement de lieu, changement de pratique

Cette décision du gouvernement prendra effet à l’été 2018. Un éloignement géographique moindre qui, pourtant, agite la sphère journalistique. Denis Perrin, journaliste-stagiaire dans les années 1970-1980 au Progrès de Lyon et à Paris Normandie (puis plus longuement dans la presse spécialisée et dédiée aux industries du Tourisme), se souvient: “Quand on voulait une info on allait directement voir les ministres. Il n’y avait aucun problème de sécurité. » Sous Valéry Giscard d’Estaing à partir de 1974, les méthodes se sont détendues et la chape de plomb s’efface au profit d’une proximité entre journalistes et politiques: »Moi qui débutais avec une carte de presse de stagiaire je rentrais comme je voulais, on me croyait sur parole. Il y avait un lien de confiance entre journaliste et politique”. Jusqu’à l’arrivée à Matignon de Laurent Fabius sous la présidence de François Mitterrand. “Là c’est devenu plus ‘macroniste’ avec une volonté de centraliser le pouvoir. Le développement des technologies n’a pas aidé le contact direct et a créé des écrans entre les gens avec une reprise de l’information dominée par des moyens de communication qui enferment”.

C’est donc la pratique du métier qui s’en trouverait modifiée. Pour l’Association de la presse présidentielle, ce déménagement représente une “entrave” au travail des médias. Sous couvert de confort (bureaux pour travailler, places supplémentaires…), les journalistes s’accordent pour dire qu’il s’agit de minimiser la proximité entre presse et pouvoir.

Et finalement, une fleur faite aux chaînes d’information?

Pour nous, les médias traditionnels, ça ne change pas grand chose. En revanche, c’est bénéfique pour les grandes chaînes d’info en continu qui ont désormais un confort pour les duplex par exemple” témoigne un journaliste politique du Figaro qui s’était, lui aussi, déjà penché sur le sujet.

Le choix du Pouvoir d’exclure physiquement la presse de la cour de l’Elysée n’a, en réalité, qu’une importance relative du point de vue journalistique… Il est néanmoins indéniable que ceci possède un sens politique révélateur d’une volonté de maîtriser la communication officielle… ce qui n’empêchera pas les (bons) journalistes de contourner l’obstacle en se créant des sources complémentaires afin de compenser les effets de cette situation nouvellecontinue Denis Perrin.

Grondement dans les rédactions

Les journalistes sont globalement en désaccord avec ce projet. Si rien n’est encore acté, ils espèrent pouvoir obtenir une marge de négociations et ainsi éviter un « bridage » prochain.

L’évolution, aux dires des journalistes habitués à une place d’agenciers, ne facilite pas l’obtention d’information. Marie-Bénédicte Allaire, journaliste politique longtemps accréditée par l’agence Reuters, raconte. « On avait un rapport privilégié et le fait d’avoir vue sur la cour était important dans le sens où on voyait des choses qu’on aurait laissé échapper autrement. C’est un lien qui va sans doute se perdre. C’était très rudimentaire mais il y avait un deal, un accord d’échange ». 

Les journalistes qui suivent l’Elysée reçoivent une récompense symbolique, “une sorte d’orgueil (…) cette partie qu’ils retirent de leur travail, si on les en éloigne, ils sont dépités et perdent le côtoiement du pouvoir” estime le sociologue Jacques Le Bohec,  (professeur à l’Université Lyon 2). 

De communication en symbole

Il ne faut pas voir de symbole là où il n’y en a pas” assure Benjamin Griveaux, porte-parole de la majorité lors d’un compte-rendu du Conseil des ministres. A ce propos, le sociologue Arnaud Mercier nous explique: “Du point de vue de l’exécutif ce n’est pas symbolique, il s’agit de récupérer des locaux. Mais les journalistes peuvent l’interpréter comme tel car le symbole est justement de l’ordre de l’interprétatif. C’est à ce moment là que l’exécutif doit être vigilant”.

L’éloignement de celui que l’on nomme le 4ème pouvoir interroge cependant. La mise à distance géographique serait-elle liée à une volonté particulière du pouvoir en place? “Je ne crois pas qu’on puisse parler d’une volonté absolue de mise à distance” poursuit Arnaud Mercier, “Mais ça traduit le fait qu’on considère qu’il n’y a pas besoin d’être aussi proches. Dès lors, sacrifier l’espace presse n’est pas un problème.”

Plus incisif, Jacques Le Bohec imagine une absence de contre-pouvoir. “Les hommes politiques se sentent de plus en plus protégés d’une sanction de l’opinion publique et pensent qu’ils ont de moins en moins de compte à rendre. Ils se passent donc d’une forme traditionnelle de surveillance de la presse”.

Pour citer à nouveau Denis Perrin, “ce n’est pas parce que l’on est enfermé dans une salle de presse que l’on sait ce qui se passe à l’Elysée”. 

Aurélien Touché et la nouvelle politique d’intégration française

Le rapport sur l’intégration a été remis ce lundi 20 février. Il y a une semaine, une conférence sur la refonte de la politique d’intégration se tenait au musée national de l’histoire de l’immigration en présence d’Aurélien Taché. Ce député du Val- d’Oise est en charge du rapport sur la politique d’intégration.

Aurélien Taché nous rappelle que l’intégration est un pilier de la cohésion nationale. En 2017, il y a eu 100 000 demandes d’asiles et 40 000 personnes ont obtenu le statut de « réfugié ». Néanmoins, l’obtention du statut de réfugié ne règle pas tout, plus de 1500 personnes sont encore dans des centres d’hébergement après avoir obtenu leur statut de réfugié.

Une nouvelle politique migratoire révolutionnaire ?

Le député souligne l’importance de la maîtrise de la langue française dans la réussite du processus d’intégration. Elle facilite l’insertion professionnelle. Pourtant, selon Aurélien Touché, seulement 1 étranger sur 3 trouve un emploi dans les 5 premières années qui suivent son arrivée en France.

Ayant participé aux journées d’intégrations qui visent à transmettre la culture française aux réfugiés, Aurélien Taché est sceptique, voire cynique. Le programme est trop vaste, et le nombre d’heures de français proposés est insuffisant. Selon le jeune parlementaire, pour qu’une politique d’intégration fonctionne, il faut que la société accepte de lui donner la place qu’elle mérite.

Il constate aussi l’absence de ritualisation d’intégration à la française, contrairement aux pays anglo-saxons où l’obtention de la nationalité est célébrée avec ses amis, sa famille… Sur ces différents sujets, Aurélien Taché souligne qu’on a longtemps considéré : « que moins on en parlait, mieux ça se passait ».

Il conclut : « C’est un phénomène social, il est là, il ne s’agit pas d’être alarmiste ou angélique, mais de faire en sorte que l’intégration se déroule dans de bonnes conditions ».

Une attente interminable et des procédure chaotiques

Pour poursuivre les débats, Réda Didi (auteur du rapport de la Fondation Jean-Jaurès sur la refonte de la politique d’intégration) et Adjiim Dangaar (dessinateur de Presse).

Pour Réda Didi, les français sont conscients que les problèmes de migrations vont durer dans le temps. Dans ce cadre, « on a besoin de réfléchir à une refondation de la politique d’intégration des primo arrivants ». N’y a-t-il pas de solutions ?

Adjim Dangar donne sa version du processus d’intégration à travers les commentaires de ses dessins. Il se rappelle que sa première expérience en France se résume aux heures d’attente devant la préfecture : « J’ai déjà attendu 24 heures pour pouvoir rentrer dans une préfecture ».

Pourtant, ce système n’est pas irrémédiable. Monsieur Didi propose une dématérialisation des procédures administratives effectuées en préfecture. Cela éviterait les files d’attente interminable. Et surtout c’est réalisable « on l’a bien fait pour l’impôt ».

La remise de ce rapport a suscité des réactions dans toute la presse française. Nous remercions le Musée National de l’Histoire de l’Immigration pour son accueil.

Occupation à la fac pour défendre les droits des migrants

La fac, salle d’art plastiques s’est transformé en bureau de communication et sert à entasser les vêtements, gels douches et nourriture récoltés pour subvenir aux besoins des migrants. Originaire du Soudan, d’Erythrée ou de Guinée, ils sont entrés dans l’université par petits groupes, accompagnés des étudiants pour ne pas éveiller les soupçons.

« Atelier de conversation » – Lutte pour la survie

L’atelier n’est pas un lieu de débat, personne trouve nécessaire d’imposer son point de vue mais plutôt d’écouter et rester attentif à l’autre. C’est peut être dû au fait de devoir s’exprimer dans une langue étrangère qui freine les participants et les empêche de donner libre voix à leurs émotions; ou peut être dû au fait de reconnaître dans l’autre sa propre condition.

Dialogue entre la religion muslmane et la religion juive au « Maghreb-Orient des livres 2018 » à la Mairie de Paris

Monsieur Wievorka revient sur l’évolution sociétale autour de la question religieuse. Selon lui, la question de la laïcité était bien plus respectée dans les années 60. Or, la montée de l’antisémitisme coïncide avec le début des années 80 et un double phénomène: le négationnisme et le « Shoah business ».