Benoît Hamon: «La politique étrangère française n’est pas plus altruiste que les autres»

Benoît Hamon appelle à la mise en place d’un « visa humanitaire au niveau européen ». L’ancien candidat à la présidentielle participait à la Convention nationale sur l’accueil et les migrations les 1er et 2 mars à Grande-Synthe. Il a vivement critiqué la circulaire de Collomb. Entretien.

Vous appelez à la mise en place d’un visa humanitaire au niveau européen. Pensez-vous que la France a le pouvoir de mener un tel projet ?

Macron fait le contraire de ce qu’il avait annoncé lors de sa campagne présidentielle. Candidat, il a vanté l’attitude d’Angela Merkel qui avait ouvert les frontières allemandes pour accueillir des réfugiés et les intégrer. Une fois au pouvoir, le Président de la République Française ne fait pas le centième de ce que Madame Merkel a fait. Pire, il restreint les libertés publiques. Il restreint les droits des demandeurs d’asile, c’est-à-dire ceux qui fuient un conflit politique.

Et au-delà de tout cela, le gouvernement d’Emmanuel Macron met en ordre de bataille l’administration française pour les empêcher d’accéder à leurs droits avant même qu’ils puissent rentrer dans des procédures. La France est aujourd’hui condamnée par les Nations Unies et par le Défenseur des Droits. C’est une vraie régression démocratique. Il ne faut pas attendre grand-chose de la France aujourd’hui.

Beaucoup de demandeurs d’asile sont issus de pays riches en ressources minières dirigés par des dictateurs. La politique étrangère française arrive-t-elle à allier défense des intérêts stratégiques, aide au développement et soutien des oppositions dans ces pays?

La politique étrangère française n’est pas plus altruiste et philanthrope que n’importe quelle autre politique étrangère. Forcément, il est plus simple de défendre ses intérêts économiques avec des dictatures. Si le jeu de la démocratie fonctionnait dans la plupart des pays avec lesquels on travaille, on peut supposer qu’il y aurait une forme de réappropriation par les peuples souverains de leurs ressources minières et de leur mise en concurrence, ce serait la fin de la chasse gardée pour les grands industriels français.

Il subsiste aujourd’hui une attitude très paternaliste de la France à l’égard de certaines nations africaines, car on ne parle pas de l’Afrique du Sud comme on parle d’autres pays africains aujourd’hui. Ceci ne veut pas dire que c’est éternel, ni que toutes les élites africaines sont à la hauteur des défis posés à leur nation.

Comment la France peut-elle remédier à cette situation?

Il faut œuvrer pour une nouvelle alliance internationale humaniste, progressiste et citoyenne. Les clés du renouvellement de la gauche au sens international du terme, c’est justement de s’appuyer sur les sociétés civiles, arabes en particulier. En dépit des phénomènes de contre-révolution qui ont fait taire des protestations assises sur un vrai mouvement populaire et citoyen, il subsiste aujourd’hui des forces avec lesquelles on doit entrer en dialogue. C’est ça la vraie fonction des oppositions, ici en France et en Europe. Nous devons dialoguer avec ces forces plus ou moins clandestines ou officielles qui existent sous une forme citoyenne, sociale ou politique, que ce soit en Afrique ou dans le monde arabe.

C’est le cas par exemple du mouvement « You Stink » au Liban, qui dénonce justement la corruption de la politique libanaise et le système confessionnel. Le mouvement plaide la nécessité de sortir d’un système qui piégeait les citoyens dans le choix des candidats en fonction de leur confession. Il incite les citoyens à s’intéresser à l’intérêt général et à refuser la corruption. Voilà un partenaire évident pour la grande coalition internationale sur laquelle nous travaillons.

Benoit Hamon et Damien Carême (maire de Grande-Synthe)

Des demandeurs d’asile issus de pays avec lesquels la France entretient de bonnes relations peinent à obtenir leur statut de réfugié. Si vous aviez été élu président, quelle aurait été votre politique pour allier valeurs de la république et diplomatie ?

La diplomatie peut défendre les intérêts de son pays sans pour autant s’asseoir sur ses valeurs et ses principes. S’il est avéré qu’une personne est pourchassée au nom de ce qu’elle pense, de son orientation sexuelle ou de sa religion et qu’elle ne peut plus vivre en sécurité, elle est en théorie éligible à l’asile pour les motifs qu’elle fuit.

L’Ofpra (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) a la responsabilité d’instruire cela. Tout en maintenant le dialogue, il faut être exigeant avec nos partenaires, notamment dans toute l’Afrique subsaharienne et le Maghreb. On peut se dire « nous pensons que dans cette situation-là, les décisions que vous prenez sont contraires à nos principes ». Est-ce que ça va faire changer les choses? Je n’en sais rien. Aujourd’hui on est sur une forme de non-dit en permanence.

Une Voix forte s’est élevée au Nord !

« I AM A REFUGEE »

Premier jour de la Convention Nationale sur l’Accueil et les Migrations a Grande-Synthe. Juste après les restitutions des ateliers qui sont fait par mes confrères de la Maison des Journalistes et moi-même, j’ai entendu une chanson. Sous les lumières de la salle de concert de Palais du Littoral Grande-Synthe, des centaines de personnes avait chanté en même temps avec le groupe HK et les Saltimbanks: Refugee, I am a Refugee…

Nous avons déjà dit tous ensemble : « Je suis Charlie ». Pas seulement les français, le monde entier a repris ce slogan. « Nous sommes tous des Arméniens » fut scandé en Turquie après l’assassinat de Hrant Dink en 2007.  Cette fois, dans le froid d’une nuit d’hiver particulièrement glaciale à Grande-Synthe, nous avons proclamé : « Je suis Refugee ».

Durant deux jours, élus, acteurs de la société civile, acteurs institutionnels, chercheurs, étudiants, journalistes, curieux,  personnes migrantes et réfugiés se sont réunis à Grande-Synthe.

Un atelier autour de l’hospitalité

J’avais la chance de participer à l’un des ateliers : « (re)penser les hospitalités: initiatives d’élues en tant que « grand témoin ».

Pendant cet atelier, 9 intervenants ont expliqué leurs expériences de l’accueil. Une des intervenants, Pauline Saget, a souligné que contrairement à la rhétorique de peur qui domine la société et qui est utilisée par les politiciens populistes de l’Europe,  « la migration est une chance ».

Une autre intervenante, Myriam Laidouni Denis, a rappelé un fait simple parfois oublié : « avant d’être des étrangers, les réfugiés sont avant tout des êtres humains ». Nous devons donc trouver la réponse à la question : « Comment peut-on être heureux ensemble ? Puisque nous tous sommes tous dans le même bateau. »

D’autres participants ont soulevé des problématiques récurrentes. Parmi eux, Philippe Bouyssou qui pendant son tour de parole, a appelé l’Europe et l’état français à « prendre sa responsabilité » devant la crise d’accueil des réfugiés. Violaine Carrere valorise dans son discours toutes les initiatives et les manifestations qui sont réalisées par des petites organisations et qu’il est absolument nécessaire de rendre visibles. « La médiatisation, c’est porter à la connaissance du grand public des événements qu’ils ne connaissent pas et qui pourtant existent ».

A la fin de cet atelier, j’ai eu la chance de travailler avec deux étudiants de l’École Supérieure de Journalisme de Lille, Margot Turgy et Bado Vincent, avec qui j’ai préparé un résumé des moments les plus importants de cette réunion. Vous pouvez découvrir notre travail par ce lien.

Au cœur du débat sur l’immigration : un accueil catastrophique ?

A Grande-Synthe, le deuxième jour a été consacré aux tables rondes. La thématique de cette deuxième table ronde « l’accueil des migrants et des réfugiés en France ».

Pour animer ce débat : Catherine Wihtol de Wenden – Politiste et directrice de recherche CNRS (CERI – Sciences Po) ; Aurélien Taché – Député LREM et l’auteur des 72 propositions pour modifier la politique d’intégration ; Benoit Hamon – Fondateur du mouvement Génération.s et ancien candidat à l’élection présidentiel 2017 pour le parti socialiste ; Pierre Laurent – Secrétaire national du Parti Communiste Français ; Patrick Doutreligne – Président de ADOMA, anciennement nommée la Société nationale de construction de logements pour les travailleurs.

Dublin: « Une vision myope »

Madame Wihtol de Wendenmet met en lumière les recherches sur l’accueil en France. Or, les migrants sont « très mal accueillis » et ce n’est pas nouveau, la France accueille mal les migrants depuis longtemps. Cependant, « mal accueillir » les étrangers ne diminue pas les chiffres des demandeurs d’asile en France.

Monsieur Doutreligne, Président d’ADOMA, a beaucoup critiqué cette hospitalité en soulignant que « le premier accueil est catastrophique ». Qui plus est, ce premier accueil est aggravé par la réglementation de Dublin  qui ne fonctionne pas.

Comment peut-on renvoyer les réfugiés en Grèce ou en Italie, deux pays foudroyés par des crises économiques et politiques successives ? « C’est « une vision myope » aux conséquences dangereuses ».

Monsieur Doutreligne a également critiqué les nouvelles lois de migration proposées par le gouvernement français du Président Emmanuel Macron. Il considère ces lois controversées comme « répressives ». Il critique les propositions et constate que durant l’élection présidentielle, les positions du candidat d’En Marche étaient beaucoup plus ouvertes qu’aujourd’hui. En conséquence, la loi de migration a été beaucoup critiquée. En particulier, la diminution  de la durée lors d’une demande d’asile. Bonne initiative en soi, mais quels sont les moyens accordés à l’OFPRA pour accélérer les processus ? Cette information n’est pas communiquée.

A la fin de ces prises de paroles, le Président d’ADOMA a souligné l’importance de l’apprentissage du français comme facteur primordial d’intégration.

Améliorer la loi sur l’immigration

Monsieur Laurent du Parti Communiste constate que la mondialisation a renforcé une inégalité entre les gens. « Il faut améliorer la loi » et « il est faux de dire la France n’est pas près de faire ce qu’il faut faire ».

Ancien candidat de l’élection présidentielle en 2017, Benoit Hamon est aussi contre la loi. Benoit Hamon dénonce cette loi qui ne sert pas les besoins de la société. Elle suit une opinion qui est créé par la peur. Découvrez ici l’interview exclusive de Benoit Hamon sur la politique étrangère française et l’accueil des migrants.

Devant toutes les critiques par rapport a la loi, Aurélien Taché, auteur des propositions pour le gouvernement français en exercice, n’a pas répondu aux critiques. Il partage le constat sur l’immigration, particulièrement les problèmes d’accueil.  Cependant, Aurélien Taché n’a pas défendu ses propositions et nous sommes donc restés sur une critique actuelle au lieu de débattre de la pertinence des solutions proposées.

A la fin de toutes les tables rondes, Monsieur le Maire de Grande-Synthe, Damien Careme a pris la parole : « C’est juste un départ. On va combattre contre le racisme et les préjugés ».

Pendant la convention, un manifeste réalisé dans une dynamique d’être ensemble et réunissant les associations, les ONG et les élus a été publié. C’est à découvrir ici

Aurélien Touché et la nouvelle politique d’intégration française

Le rapport sur l’intégration a été remis ce lundi 20 février. Il y a une semaine, une conférence sur la refonte de la politique d’intégration se tenait au musée national de l’histoire de l’immigration en présence d’Aurélien Taché. Ce député du Val- d’Oise est en charge du rapport sur la politique d’intégration.

Aurélien Taché nous rappelle que l’intégration est un pilier de la cohésion nationale. En 2017, il y a eu 100 000 demandes d’asiles et 40 000 personnes ont obtenu le statut de « réfugié ». Néanmoins, l’obtention du statut de réfugié ne règle pas tout, plus de 1500 personnes sont encore dans des centres d’hébergement après avoir obtenu leur statut de réfugié.

Une nouvelle politique migratoire révolutionnaire ?

Le député souligne l’importance de la maîtrise de la langue française dans la réussite du processus d’intégration. Elle facilite l’insertion professionnelle. Pourtant, selon Aurélien Touché, seulement 1 étranger sur 3 trouve un emploi dans les 5 premières années qui suivent son arrivée en France.

Ayant participé aux journées d’intégrations qui visent à transmettre la culture française aux réfugiés, Aurélien Taché est sceptique, voire cynique. Le programme est trop vaste, et le nombre d’heures de français proposés est insuffisant. Selon le jeune parlementaire, pour qu’une politique d’intégration fonctionne, il faut que la société accepte de lui donner la place qu’elle mérite.

Il constate aussi l’absence de ritualisation d’intégration à la française, contrairement aux pays anglo-saxons où l’obtention de la nationalité est célébrée avec ses amis, sa famille… Sur ces différents sujets, Aurélien Taché souligne qu’on a longtemps considéré : « que moins on en parlait, mieux ça se passait ».

Il conclut : « C’est un phénomène social, il est là, il ne s’agit pas d’être alarmiste ou angélique, mais de faire en sorte que l’intégration se déroule dans de bonnes conditions ».

Une attente interminable et des procédure chaotiques

Pour poursuivre les débats, Réda Didi (auteur du rapport de la Fondation Jean-Jaurès sur la refonte de la politique d’intégration) et Adjiim Dangaar (dessinateur de Presse).

Pour Réda Didi, les français sont conscients que les problèmes de migrations vont durer dans le temps. Dans ce cadre, « on a besoin de réfléchir à une refondation de la politique d’intégration des primo arrivants ». N’y a-t-il pas de solutions ?

Adjim Dangar donne sa version du processus d’intégration à travers les commentaires de ses dessins. Il se rappelle que sa première expérience en France se résume aux heures d’attente devant la préfecture : « J’ai déjà attendu 24 heures pour pouvoir rentrer dans une préfecture ».

Pourtant, ce système n’est pas irrémédiable. Monsieur Didi propose une dématérialisation des procédures administratives effectuées en préfecture. Cela éviterait les files d’attente interminable. Et surtout c’est réalisable « on l’a bien fait pour l’impôt ».

La remise de ce rapport a suscité des réactions dans toute la presse française. Nous remercions le Musée National de l’Histoire de l’Immigration pour son accueil.

Exilés de Jaurès à Paris

Sur les berges du canal Saint-Martin, au pied du métro Jaurès, des tentes rouges, vertes et bleues viennent planter le décor. Nous sommes dans le 19ème arrondissement de Paris. Aux premières lueurs du jours, des migrants tentent leur chance pour obtenir des papiers. Comme eux, une communauté d’Afghans s’est installée avec le strict minimum. Ils seraient près de 300 à élire domicile dans des tentes.

Occupation à la fac pour défendre les droits des migrants

La fac, salle d’art plastiques s’est transformé en bureau de communication et sert à entasser les vêtements, gels douches et nourriture récoltés pour subvenir aux besoins des migrants. Originaire du Soudan, d’Erythrée ou de Guinée, ils sont entrés dans l’université par petits groupes, accompagnés des étudiants pour ne pas éveiller les soupçons.

RD Congo : la honte, faute d’enterrer Tshisekedi

Par Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais, réfugié en France.

Un an après la naissance, un an après le mariage ou tout autre événement lié à vie – même la mort – appellent un anniversaire. Normal. Mais un an après le décès, et que le corps de quelqu’un ne soit pas enterré, c’est tout à fait anormal. C’est un défi aux usages millénaires de l’homme. Voilà où nous en sommes avec le corps d’Etienne Tshisekedi, décédé à Bruxelles, le 1er février 2017. Le corps de l’opposant congolais repose encore dans un funérarium, dans la capitale belge.

Et pour cause. Des bisbilles entre la famille du défunt et le gouvernement en place à Kinshasa, dit-on. Mais, à y voir de plus près, les raisons sont profondes. Elles touchent même la conscience de toute une nation.

Car, aujourd’hui, le regard critique du monde ne se pose pas seulement sur la famille du défunt, qui subordonne le rapatriement du corps à une sépulture digne ; sur le gouvernement de Kabila, aux abois, pour qui cet événement risque d’être trop dangereux pour son avenir politique ; mais également sur toute la nation congolaise, humiliée, à laquelle l’Histoire fera globalement référence.

Les exigences de la famille du défunt sont-elles défendables ? En partie. Raisonnables, puisque Tshisekedi est à compter parmi les grands hommes politiques du pays. Son nom sera associé à jamais à une «certaine idée» de l’opposition contre les dictatures en Afrique, incarnée par seulement une poignée de leaders.

Il a tenu tête à Mobutu, puis à Kabila père, un dictateur qui cachait encore ses griffes, mais dont les actes annonçaient un tel phénomène. Son enterrement doit donc revêtir un caractère solennel. Voir un caractère national.

Crime de « lèse-mort »

Toutefois, fallait-il en arriver à transiger avec la conscience à ce point de « point mort » ? Laisser le corps de ce grand homme, sans tombe pendant une année ? Ne fallait-il pas accepter les conditions « inacceptables » d’enterrement qu’a posées le gouvernement de Kabila, en attendant une solution pérenne, le moment venu ? Puisque ce moment allait finir, un jour, par arriver…

Quant au gouvernement congolais, s’il en existe un, il mérite d’être affublé d’un bonnet d’âne. Car, en procédant par une attitude d’intransigeance, alors qu’il s’agissait de respecter une norme sociale des plus contraignantes que d’enterrer quelqu’un, il a commis un crime de lèse-majesté. Plutôt de « lèse-mort ». De tout temps, par toutes les ethnies, à travers toutes les races du monde, un mort fait l’objet du respect absolu.

Il n’est jamais tard pour faire du bien, dit-on. Le temps de la raison, en ce qui concerne le rapatriement du corps de l’opposant congolais sur sa terre natale, s’impose. Un an après ! S’impose aussi, avec la même rigueur, l’enterrement digne dû au rang de ce grand combattant de la démocratie. Un an après ! Que le gouvernement Kabila, pour un temps, accepte de se séparer de son bonnet d’âne. Et d’effacer partiellement la honte. Oui, la honte!

RD Congo : le génie est sorti de la bouteille

Ras-le-bol, au regard des manœuvres dilatoires et des intrigues de toutes sortes menées par le camp présidentiel, dont l’intention est de maintenir son champion au pouvoir !