«Crocodiles» au Théâtre Dunois. L’histoire vraie d’Enaiatollah Akbari

« Crocodiles » au Théâtre Dunois

«Nous avons ouvert la boîte en carton. Elle contenait le canot – dégonflé bien sûr -, les rames, la pompe, du scotch ? – et des gilets de sauvetage. Un kit parfait. L’Ikea des clandestins. Des instructions et tout.»

CROCODILES ©MatJacob

C’est ainsi qu’Enaiat, enfant afghan, raconte comment il s’est retrouvé avec des copains à traverser la Méditerranée, entre Turquie et Grèce au début des années 2000.

Parti à dix ans d’Afghanistan, Enaiat, une fois réfugié en Italie, confie son parcours d’exil en tant que «migrant mineur non accompagné » à son éducateur, Fabio Geda. Enaiat racontait et Fabio notait. A suivi un livre traduit de l’italien et publié en 2011 «Dans la mer il y a des crocodiles. L’histoire vraie d’Enaiatollah Akbari » (Ed. Liana Levi), récit de son périple de cinq années à travers l’Iran, la Turquie, la Grèce, jusqu’à l’arrivée à Turin, en Italie. Vendredi 17 novembre, l’histoire d’Enaiat était sur la scène du Théâtre Dunois de Paris. L’œil de l’exilé a assisté à une représentation de « Crocodiles » de la compagnie Barbès 35 et rencontré le comédien, Rémi Fortin et la co-metteuse en scène, Cendre Chassanne.

«Lire le livre de Fabio Geda a été un choc – avoue Cendre Chassanne -. Il nous a paru indispensable de mettre en scène cette histoire pour la transmettre aux plus jeunes notamment, parce qu’ils sont les citoyens de demain, pour les inviter à se confronter avec un témoignage de vie et survie d’un enfant seul et migrant. Cela – explique la co-metteuse en scène -, parce que «Crocodiles» est une histoire intime et individuelle qui devient emblématique à la lumière de l’Histoire contemporaine et universelle et qui concerne tous ceux qui sont exilés, persécutés ou rejetés».

Dans cette adaptation réussie du livre de Fabio Geda, les metteuses en scène ont décidé de conserver la forme dialoguée originelle en la faisant jouer par un seul acteur : un formidable Remi Fortin. Au travers d’un dispositif bifrontal, l’acteur plonge le public à ses côtés, au cœur du récit.

La compagnie de Cendre Chassanne a l’objectif d’interpeller l’opinion publique sur une question d’une actualité brûlante : selon l’UNICEF, en 2016, plus de 25 000 enfants ont effectué la traversée de la Méditerranée. Un chiffre deux fois supérieur à celui de 2015 et qui continue d’augmenter.

En ce sens, comme soutient la co-metteuse en scène, «le récit d’Enaiat est symbolique d’un voyage tragique et incroyablement chanceux comme celui d’un Ulysse contemporain à la recherche d’une nouvelle patrie».

Un Ulysse hazara, ethnie persécutée par les Taliban, qui a juste dix ans lorsque sa mère l’abandonne au-delà de la frontière, au Pakistan, aux mains de passeurs. Elle souhaite lui donner une chance de sauver sa vie et son espoir sera récompensé. En fait, le long et périlleux périple de son enfant se terminera miraculeusement bien. Parce qu’après son arrivée en Italie, c’est enfin une deuxième vie qui s’ouvre pour Enaiat, jeune héro rejeté de son pays.

CROCODILES ©MatJacob

« Beaucoup de gens pensent que les talibans sont afghans, mais ce n’est pas vrai. Bien sûr, il y a aussi des Afghans parmi eux, mais pas seulement. Ce sont des ignorants du monde entier qui empêchent les enfants d’apprendre : ils ont peur que nous comprenions qu’ils n’agissent pas pour Dieu mais pour leur propre compte. »

Comme Enaiat a pu le vérifier, il n’y a pas de crocodiles dans la mer.

Notre jeune héro l’a appris en traversant la mer Méditerranée en une seule nuit sur un bateau gonflable et scotché. Il l’a appris en entreprenant avec courage et intelligence son parcours d’exil.

La mer, comme la vie, grouille toutefois de prédateurs.

Mais Enaiat a pu heureusement rencontrer beaucoup de personnes bienveillantes qui lui ont permis de poursuivre son chemin vers Turin, en Italie, où il avait l’un de ses amis d’enfance et il est pris en charge par une famille d’accueil.

Enfant, Enaiat est victime du monde adulte et de ses guerres. Il est une victime qui est en même temps vulnérable, héroïque et il s’en sort. C’est exactement cette destinée que Chassanne souhaite transmettre à son public. « Les médias nous donnent des chiffres et des images mais ils ne nous racontent pas les milliers d’histoires d’enfants et d’individus qui ne s’en sortent pas ; Enaiat a lutté et il a eu plus qu’une bonne étoile. Son histoire représente un regard diffèrent et exemplaire pour en raconter beaucoup d’autres qui restent dans le silence. »

« Un jour, j’ai lu que le choix d’émigrer naît du besoin de respirer. C’est vrai. L’espoir d’une vie meilleure est plus fort que tout autre sentiment. Par exemple, ma mère a décidé qu’il valait mieux me savoir en danger loin d’elle mais en route vers un futur différent que me savoir en danger près d’elle, dans la boue et dans la peur pour toujours. »

La mise en scène de la compagnie Barbès 35 est simple et sobre pour une histoire hors normes et interprétée avec une force et une énergie percutante qui rend palpable la tragédie de l’immigration aujourd’hui, de la violation des Droits de l’Homme et de l’Enfant. Tout cela nous remet en cause sur la question de l’accueil et de la solidarité internationale.

Parce que le regard d’Enaiat est absolument factuel, sa parole est authentique et atemporelle dans ce récit issu du drame humain des migrants qui n’ont pas d’autres choix que d’entreprendre un voyage souvent sans retour vers l’Europe.

La mise en scène, qui suit assez fidèlement le livre de Fabio Geda, se termine sur un coup de téléphone particulièrement touchant. Après huit ans loin de l’Afghanistan, une fois accueilli dans une chaleureuse famille de Turin, Enaiat peut enfin rentrer en contact avec sa mère :

CROCODILES ©MatJacob

« Il voulait me passer quelqu’un au téléphone. (…) J’ai dit: Maman. (…) Du combiné est arrivé un souffle léger, humide et salé. Alors j’ai compris qu’elle pleurait, elle aussi. (…) Ce sel et ces soupirs étaient tout ce qu’une mère et un fils peuvent se dire, après tant d’années. Nous sommes restés comme ça, en silence, jusqu’à ce que la communication soit interrompue. A ce moment, j’ai su qu’elle était encore vivante et peut être que là, pour la première fois, je me suis rendu compte que je l’étais aussi. Je ne sais pas bien comment. Mais moi aussi, j’étais vivant. »

Une histoire émouvante qui insuffle à son public l’urgence de prendre en main la question de l’accueil, de la tolérance, de la liberté et des droits humains. Le public a envie d’échanger avec la compagnie en fin de chaque représentation sur la scène du Théâtre Dunois. Et le dialogue s’ouvre, les questions se multiplient, sans préjugés, ni frontières.

« Crocodiles » de la Compagnie Barbès 35 au Théâtre Dunois (lien à associer  :) est en partenariat avec L’Italie à Paris

Note de la rédaction : Enaiat a aujourd’hui obtenu son statut de réfugié politique et il fait des études en Sciences Politiques Internationales en Italie.

Musique sans Frontières-Paris présente le Syrian Expat Orchestra et d’autre surprises

 

 

L’association Musique sans Frontières-Paris annonce une soirée musicale : Ensemble, le 2 décembre 2017, au centre d’Art et de Culture de Meudon.

Pour la toute première fois en France, un ensemble du Syrian Expat Orchestra (SEPO) dessine avec l’artiste lyrique meudonnaise Barbara Morihien, la jeune violoniste Helena Duterte et son professeur bulgare Christo Tchalakov, et le duo de musique irlandaise formé par Laurent Delahaye et Michel Sikiotakis, une mosaïque musicale de cultures et de voyages.

Découvrez des interviews des membres de l'orchestre Expat Philamornic Orchestra

TÉHÉRAN TABOU FAIT VALSER LA MORALE AU PAYS DES MOLLAHS 

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Film d’animation et premier long métrage du réalisateur germano-iranien, Ali Soozandeh, Téhéran Tabou livre une critique acerbe des faux-semblants de la morale islamique au sein de la société iranienne.  

Une séquence d’ouverture qui donne le ton. Dans une rue bruyante, un chauffeur de taxi en pleine affaire avec une prostituée aperçoit, fou de rage, sa fille sur le trottoir d’en face se promenant avec un jeune homme. Cette première scène plonge frontalement le spectateur au cœur de la dénonciation du climat schizophrénique de la société iranienne.  

 

Sexe, drogues et ayatollahs 

Le film part à la découverte du Téhéran underground, celui que la morale religieuse réprime. La ville est dépeinte en capitale du vice caché où les restrictions islamiques s’effacent peu à peu face à la réalité et aux petits arrangements du quotidien. Prostitution, corruption, avortements clandestins, adultère, consommation de drogues… les interdits juridiques et moraux sont au centre des destins croisés de plusieurs personnages. Tous tentent de survivre à l’oppression religieuse et patriarcale.  

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On y suit le parcours de cette prostituée souhaitant divorcer de son mari prisonnier et toxicomane. Elevant seule son enfant, elle sollicite l’aide du juge du tribunal islamique de la ville qui lui propose alors de devenir sa maîtresse… Une autre femme aspire à travailler mais se heurte au refus de son mari. Il y a aussi cette jeune fille cherchant à se refaire une virginité avant son mariage après avoir passé la nuit avec un jeune musicien. Ce dernier consommant de la drogue à ses heures perdues n’aspire lui qu’à une seule chose : fuir son pays afin de trouver la liberté de vivre.  

Ali Soozandeh signe ici une chronique sombre de son pays natal où le manque de liberté en particulier sur la sexualité pousse les individus à adopter une double morale.  

 

La rotoscopie : une esthétique visuelle au service d’un pamphlet politique  

Le film a été présenté au printemps dernier à la Semaine de la critique du Festival de Cannes. Si le cinéma iranien contemporain nous a habitué depuis plusieurs années à la dénonciation des paradoxes de la société persane, Téhéran Tabou est certainement le premier film du genre à attaquer les faux-semblants de manière aussi directe. Et le choix de l’animation n’y est pas étranger.  

Copyright ARP Sélection

Ali Soozandeh, né à Shiraz en Iran et exilé en Allemagne depuis 22 ans a choisi de réaliser son film à partir du procédé de la rotoscopie. La méthode, aussi vieille que l’est le cinéma d’animation, consiste à filmer de vrais acteurs sur fond vert puis de les transformer en personnages et de les intégrer à des décors. Cette technique à l’esthétique ultra réaliste permet ici de mettre en scène des situations qui seraient impossibles à tourner dans l’Iran d’aujourd’hui. Une manière de plus pour Ali Soozandeh de porter au plus haut son désir de briser tous les tabous.  

 

Découvrez la bande annonce de Téhéran Tabou, actuellement en salle 

 

 

Al-Assad a pendu mon ami créatif Bassel Khartabil

[Par Shiyar KHALEAL]
Traduit de l’arabe par Hicham MANSOURI, en collaboration avec Marie Angélique INGABIRE

Pour télécharger la version anglais, cliquez ici 

Bachar Al-Assad continue à émettre des décrets depuis son palais, situé dans le centre de Damas, en condamnant à mort les syriens. Malgré les meurtres et les destructions, les dirigeants du monde insistent sur le fait qu’Assad est le seul garant d’une solution politique en Syrie.
Oui, il continue à exécuter mes amis l’un après l’autre. Le plus récent fut Bassel Khartabil, (alias Bassel Al Safadi). Né le 22 mai 1981 à Damas, il était ingénieur et développeur de logiciels mondiaux et a été classé 9ème des penseurs les plus influents au monde en 2012 par le magazine américain Foreign Policy grâce à son insistance pour une révolution pacifique syrienne dans toute circonstance.

Sa femme, Nora Ghazi, a reçu la nouvelle de son exécution, deux ans après sa disparition de la prison centrale d’Adra. Elle a annoncé sa mort sur sa page personnelle Facebook avec les mots suivants:
« Il est difficile de trouver des mots alors que je suis sur le point d’annoncer, au nom de la famille de Bassel et de moi-même, la confirmation de l’exécution de mon mari Bassel Al Safadi, tué quelques jours après son enlèvement de la prison Alwakala en Octobre 2015.
Ceci est la fin qu’a méritée un héros comme lui.

Merci d’avoir tué mon amour.
J’étais la mariée de la révolution à cause de toi.
Et, à cause de toi, je suis devenue veuve.
C’est une perte pour la Syrie.
Et c’est la perte de la Palestine.
Ceci est ma patrie… quelle perte ! »

La nouvelle de l’exécution de Bassel, arrêté par les forces de sécurité syriennes le 15 mars 2012, soit quelques jours après son union avec l’avocate et la défenseuse des droits humains Noura Ghazi, fait partie des milliers de cas de meurtres quotidiens commis par Assad. C’est même ce dernier qui a libéré au cours des dernières années le leader islamiste Hassan Soufane qui dirigeait, au moment de l’exécution de Bassel, le groupe islamiste Ahrar Al Sham.

Bassel, le palestino-syrien, ex-directeur technique de la société Al-Aws Publishing et initiateur d’un projet en faveur de l’organisation Creative Commons en Syrie, est connu pour ses contributions aux différents projets dont Mozilla Firefox, Wikipedia, et de nombreux projets open-source. Il fut précurseur du service d’Internet lancé en Syrie et de la diffusion du savoir au large public syrien. Son dernier chef d’œuvre a été le travail sur une image tridimensionnelle de la ville antique de Palmyre détruite par Daesh.

La plupart des experts européens et américains expliquent son arrestation par son travail volontaire toujours non-violent. Il s’agit, par son élimination, de limiter l’accès des syriens aux communautés électroniques et réprimer la liberté d’expression en flagrante violation aux articles 9, 14 et 19 du Pacte International relatif aux droits civils et politiques, ratifié par la Syrie en 1969.

J’ai fait la connaissance de Bassel avant la révolution syrienne, lorsqu’il est venu, en compagnie du directeur de Firefox Mozilla, développer des logiciels en Syrie.

Mais jamais je ne m’attendais à le rencontrer derrière les barreaux des prisons syriennes connues pour leur barbarie et cruauté. Je l’ai rencontré le 6 juin 2013 alors qu’on me transférait des geôles de la sécurité d’Al-Assad à la prison centrale d’Adra. Il était debout derrière les barreaux de la cellule N° 703. Je lui ai demandé :
– Vous êtes bien Bassel ?
– C’est Vous Shiyar ? Je vous attends depuis longtemps !

Depuis ce moment, et durant huit mois, j’ai fait la connaissance de Bassel – l’humain, l’artiste et le penseur. Il a été l’un des rares prisonniers que j’ai rencontrés en prison, ayant dans son corps le cœur d’un enfant. Il vous considérait comme un humain avant de s’attarder sur qui vous êtes et ce que vous faites.

Par la suite, j’ai pris connaissance des projets créatifs de Bassel y compris ceux dessinés en prison. Il m’a parlé de son projet de Palmyre. Il espérait être libéré afin de l’achever. Il dormait peu et écrivait trop : des idées mais aussi des poèmes à Noura qu’il a beaucoup aimé et avec laquelle il s’est marié officiellement derrière les barreaux pour manifester au monde entier que l’amour est plus fort que la répression.

La liberté a été sa seule préoccupation. Il a été contre toutes les opérations militaires menées dans le pays. En prison, il s’opposait à tuer les insectes dans nos cellules sombres. Il a mené plusieurs fois des grèves de la faim. Il écrivait chaque jour à sa femme en lui envoyant des poèmes. Il disait toujours que la liberté a un prix et qu’un jour nous sortirons pour vivre plus librement, malgré le fait qu’il était faussement accusé d’espionnage au profit d’un état ennemi, « Israël »,

Avec sa pensée, Bassel se promenait pour visiter les 10.000 détenus dans la prison d’Adra. Il aidait les nouveaux, les consolait et leur demandait de continuer d’aimer, car l’amour est plus fort que tous ces régimes dictatoriaux. Il était étroitement lié à sa bague de mariage. A chaque fois qu’on annonçait des transferts vers Sednaya, il enlevait sa bague et nous demandait de la remettre à sa femme. On voyait la peur sur son visage mais il continuait ses activités. Avec amour, il a gravé ses mots sur ses blocs-notes avec tous les objets qui tombaient sous sa main pour devenir un martyr. Un amour et des paroles qu’on continue à diffuser à travers les médias du monde entier.

En dépit de son incarcération, Bassel a remporté le Prix pour l’indice de 2013 sur la censure de la liberté numérique. Via Dana Trometer et John Phillips, qui ont reçu le prix à sa place, il a pu exprimer sa gratitude à toutes les victimes de la lutte pour la liberté d’expression.

En 2015, Bassel fut transféré dans un lieu inconnu. Nous ne savions pas que la destination était un nœud de pendaison qui allait entourer son cou juste parce qu’il était créateur d’un monde libre. Malgré toutes les campagnes internationales de soutien à ce prophète de l’amour et de la liberté, ni Assad ni personne d’autre ne s’est soucié. C’est ainsi qu’a été tué un de mes amis don j’espérais la contribution à la construction d’un Etat citoyen pour tous les syriens.

Bassel nous a quittés, nous laissant les mots de Martin Luther King disant que « personne ne peut monter sur votre dos tant que vous vous tenez droit ». Oui, ils ont tué Bassel devant les regards de tous les dirigeants du monde entier. Par cet assassinat, Al-Assad a envoyé un message disant « je suis le seul assassin de ce pays. Je tue les penseurs et les créatifs et je libère les islamistes qui transformeront la révolution syrienne à des crimes ».

 

 

Lettre ouverte d’un citoyen syrien au Président Macron

[Par Shiyar KHALEAL]

J’ai fait partie des optimistes satisfaits de voir la France désormais dirigée par un jeune Président, appartenant à une génération qui croit en la Liberté et en la Démocratie.
J’étais également content de voir des jeunes entrer dans la vie politique à l’occasion des élections législatives. Mais hélas, la déception fut grande quand le Président Emmanuel Macron a déclaré qu’il ne voyait pas d’alternative légitime au Président syrien Bachar Al-Assad et que la France ne considèrait plus son départ comme une condition en vue de résoudre le conflit en cours depuis six ans.

Emmanuel Macron et Bachar Al-Assad

Monsieur Macron a ajouté que le Président syrien est un ennemi de son peuple… mais pas un ennemi de la France et que la priorité de la France consiste à s’engager totalement dans la lutte contre les groupes terroristes et faire en sorte que la Syrie ne devienne pas un État défaillant.

Ces déclarations nous m’ont surpris comme ceci a été aussi le cas pour beaucoup de mes concitoyens, lesquels ont fui la brutalité du régime syrien, choisissant de partir vers des pays qui leur offrent une vie de dignité et de liberté.

Comment peut-on penser qu’un chef d’Etat, comme Al-Assad, peut apporter la Justice aux Syriens ? C’est ce même régime qui m’a privé de libertés pendant plus de deux ans à cause de mon travail médiatique et critique à l’égard du Régime en place. Comment, à partir de là, puis-je faire confiance en la justice de Bachar alors qu’il a également tué et poussé à l’exil ses concitoyens en les bombardant notamment à l’aide d’armes interdites telles que des armes chimiques ?

Les déclarations du Président français peuvent apparaître comme une façon de préserver des relations équilibrées entre la France et le monde, y compris la Russie. Mais, sachez Monsieur le Président, que vos déclarations, constituent une grande injustice aux yeux des Syriens qui se sont rebellés contre leur tyran.
Dans le même temps, des forces islamiques se sont affirmées dans la violence et la mort… et Al-Assad a été le premier à les encourager en libérant des détenus fanatisés, lesquels ont décidé de participer à des milices destructrices.

L’une de nos priorités, nous Syriens, passe aussi par la lutte contre Daesh. L’Etat Islamique a tué nos familles en collaboration avec Al-Assad face à une opposition politique syrienne malheureusement peu efficace.
Comment pouvons-nous faire confiance, Monsieur le Président, à Al-Assad, qui maintient en prison plus de 300.000 personnes ?

Monsieur le Président, nous comprenons les intérêts qui sont ceux de la France. J’espère, néanmoins, en tant que Kurde Syrien résident en France, que vous figurerez parmi ceux qui sauront nous rendre justice.
La Révolution française a duré de longues années, avant d’aboutir un Etat fort de sa Démocratie. Au regard de cette Histoire exemplaire, nous espérons que vos prises de positions futures vont contribuer à rendre justice aux Syriens en favorisant l’émergence d’un Syrie nouvelle enfin respectueuse de ses citoyens.

 

 

« Nothingwood » : l’autre regard de Sonia Kronlund sur l’Afghanistan

Nothingwood est un documentaire réalisé par Sonia Kronlund avec en vedette l’acteur et réalisateur le plus populaire d’Afghanistan, Salim Shaheen. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs dans le cadre du Festival de Cannes 2017, Sonia Kronlund dépeint tout en nuances un portrait tendre de l’Afghanistan d’aujourd’hui.

La réalisatrice Sonia KRONLUND © Marine TURCHI

« Shaheen est très connu en Afghanistan mais les gens rient souvent de lui, c’est ça qui est très intéressant. » a insisté Sonia Kronlund après la projection en avant-première de son documentaire,  mardi dernier à Paris.

La caméra de Sonia Kronlund s’invite et suit pendant environ une semaine la préparation d’un projet de film signé par Shaheen. Les aventures du réalisateur et de son équipe font découvrir au spectateur un autre visage de l’Afghanistan, bien éloigné des rues de Kaboul et de sa réputation forgée par les interventions internationales. Le voyage vers Bamyian, l’ancien avant-poste relativement stable, dont les bouddhas majestueux ont été détruits par les talibans, dans lequel il entraîne sa bande de comédiens, tous plus excentriques et incontrôlables les uns que les autres, est l’occasion de faire la connaissance de cet amoureux du cinéma, qui fabrique sans relâche des films dans un pays en guerre depuis plus de trente ans.

Salim SHAHEEN, superstar afghane se fait acclamer à la demande © Nothingwood/Sonia KRONLUND

Nothingwood livre le récit d’une vie passée à accomplir un rêve d’enfant.

La cinéaste française Sonia Kronlund travaille pour France Culture. Elle a visité et réalisé des reportages en Afghanistan depuis plus de 15 ans. Elle admet que «les histoires d’Afghanistan rapportées en France tendent à ne traiter que de sujets horribles comme les femmes défigurées par des attaques d’acide, etc…». Un constat qui l’a amené à tourner son premier film autour d’un sujet «plus jovial ».

Salim SHAHEEN, survivant d’un art populaire détruit par la guerre © Nothingwood/Sonia KRONLUND

Né au milieu des années 1960, Shaheen a fui les salles de classe pour se réfugier dans celles de cinéma pour regarder des films en provenance d’Inde et des fameux studios de Bollywood. Ses premières réalisations, des films de fiction aux thèmes jugés pas assez sérieux le forcent à quitter le foyer familial. Face à la censure et aux normes culturelles mises en place dans l’industrie afghane par les soviétiques puis les talibans, les films de Shaheen connaissent un certain succès populaire et s’échangent partout en Afghanistan… mais exclusivement sous le manteau.Sa relation au cinéma plus qu’étroite, est devenue vitale. Pris au milieu d’un massacre perpétré par les talibans, Shaheen reproduit ce qu’il a vu sur grand écran et « joue au mort », au milieu des corps sans vie. « Ce que j’ai appris au cinéma m’a sauvé la vie » reconnait-il dans Nothingwood.

Montrer un autre visage de l’Afghanistan aux spectateurs est certes une des ambitions (réussies) de ce film mais la dernière pensée de sa réalisatrice, Sonia Kronlund, va aux populations afghanes : « J’aimerais bien montrer mon documentaire en Afghanistan et en Iran ».

Découvrez la bande annonce du film, Nothingwood dans les salles à partir du 14 juin 2017 :

Kaboul, Paris, Bagdad, Londres, Téhéran… N’oublions pas !

Paris, Place de la République – Le mercredi 7 juin 2017, après une semaine d’attentats à Kaboul, les afghans vivant à Paris ont organisé un rassemblement pour la mémoire des victimes des attaques terroristes. Sur leurs mains étaient inscrits des vers d’un des poèmes du poète persan Saadi, Jardin de roses :

Les hommes font partie du même corps / Ils sont issus de la même essence / Si le destin faisait

souffrir l’un des membres / Les autres n’en auront pas de repos / Toi qui es indifférent aux

malheurs des autres / Tu ne mérites pas d’être nommé un Homme.

Kaboul, la capitale afghane a été encore frappée par un attentat terroriste le mercredi 31 Mai 2017. Une semaine après, le bilan s’annonçait lourd pour la population civile : 150 personnes ont été tuées, plus de 300 blessées et des centaines de familles endeuillées. Kaboul n’est pas la seule cible de ces attaques inhumains, Paris, Bagdad, Londres, Téhéran et tant d’autres villes sont les témoins impuissantes de ces actes barbares.

« Agissons pour une paix universelle et n’oublions pas les victimes civiles de ces attentats terroristes ». Tels étaient les cris scandés pendant ce rassemblement à la Place de République au centre de Paris mercredi dernier.

 

Paris - Rassemblement pour la mémoire des victimes des attaques terroristes à Kaboul © Mortaza Behboudi

Paris – Rassemblement pour la mémoire des victimes des attaques terroristes à Kaboul © Mortaza Behboudi

 

Paris - Rassemblement pour la mémoire des victimes des attaques terroristes à Kaboul © Mortaza Behboudi

Paris – Rassemblement pour la mémoire des victimes des attaques terroristes à Kaboul © Mortaza Behboudi

 

Paris - Rassemblement pour la mémoire des victimes des attaques terroristes à Kaboul © Mortaza Behboudi

Paris – Rassemblement pour la mémoire des victimes des attaques terroristes à Kaboul © Mortaza Behboudi

Maroc : rapprochement entre chrétiens et musulmans

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Depuis quelques années, l’aspiration est dans l’air. Elle n’est pas nourrie de chimères, mais elle est plutôt justifiée par des actes concrets. Même si ce rapprochement dont on parle ne pourrait être circonscrit que dans la compréhension stricte du mot « tolérance ». La surprise est que cette réalité est en train de prendre son élan sur les terres mêmes de l’islam. En l’occurrence, au Maroc.

Coucher de soleil et deux religions (Beyrouth, Liban) ©Gustavo THOMAS

C’est, sans conteste, un thème de satisfaction, en général, pour les fidèles des deux bords ! Qui, dans le meilleur des cas, se sont toujours regardés en chiens de faïence, au pire, entretués sans concessions. A cet égard, les cas de l’Egypte et du Nigeria sont emblématiques en Afrique. L’Egypte, où Daesh vient encore de frapper durement, dimanche 9 avril, les chrétiens coptes.

Depuis des siècles, le drame dure. Érasme dans « Du libre arbitre », Voltaire dans « L’Affaire Calas », Samuel Huntington, récemment, dans « Le choc des civilisations » – et d’autres – ont décrit le phénomène et appelé à la tolérance. Sans succès. Que faire ?

Le Maroc, sous l’égide du roi Mohammed VI, s’est proposé d’explorer d’autres voies, qui reposent sur du « concret », aux dépens des approches purement philosophiques. Dont le résultat ressemble au feu d’épines. Des cendres desquelles resurgit, avec virulence, la haine des religions. Aujourd’hui, les bouddhistes ne sont plus hors de question. En Afghanistan, ils sont dans le viseur des talibans.

De fait, l’atmosphère générale qui prévaut, un peu partout, n’est pas loin de la psychose, en lien avec la prédiction de Samuel Huntington : « Un choc ». Les récents événements de Londres, Moscou, Stockholm… le rappellent bien.

Dans cette perspective, l’initiative du souverain chérifien est louable. Elle vise un double objectif :

1)  affermissement, par les imams, de la connaissance doctrinale du Coran et autres textes relevant de la tradition, mais aussi opportunité pour leur faire saisir la notion de tolérance sur le socle de la sociabilité ;

2)  mise en œuvre du rapprochement, pratique, entre chrétiens et musulmans, à travers une structure permanente. S’organisent à cet endroit, surtout, des rencontres pour des échanges conviviaux.

En somme, une sorte de curetage, autant en surface qu’à l’intérieur de la plaie gangrenée !

Logo de l’Institut Al Mowafaqa, inauguré en 2014

Pour le premier cas, il s’agit de l’Institut Mohamed-VI, créé en 2013, qui héberge aujourd’hui quelque 800 étudiants, arabes et subsahariens confondus. Depuis, celui-ci est sur la brèche, car la première promotion, pour un cycle d’études de trois ans, a vu sortir ses tout premiers lauréats. La seconde démarche concerne l’Institut Al Mowafaqa, créé en 2014. Cette école, qui forme spécialement au dialogue interreligieux, dispense aussi de la théologie chrétienne. Elle reçoit en majorité des étudiants subsahariens.

Côté critiques, celles-ci sont venues du Sénat français, qui considère « cette formation inadaptée au contexte hexagonal ».

A notre humble avis, nous pensons que l’expérience marocaine a quelque chose de consistant plutôt que le recours aux solutions de circonstance, sinon éphémères.

Puissent se consolider les jalons posés, dans ce sens, à Kremlin-Bicêtre, commune du Val-de-Marne, où chrétiens, Juifs, bouddhistes et musulmans coexistent pacifiquement. Et où « une mosquée est en construction, juste à côté de la synagogue. Un symbole fort », selon Ouest-France, du 24 février 2017.

A gauche, la mosquée provisoire, au fond à droite, le mur de la synagogue du Kremlin-Bicêtre ©StreetPress