Comment peuvent-ils dire qu’« Une mauvaise élection vaut mieux que pas d’élection du tout » ?

[Par Sékou Chérif Diallo] C’est le comble du mépris envers les populations qui ont « ingénument » cru aux valeurs de la démocratie. Oui ! Vous avez raison. La démocratie a des valeurs immenses et mon attachement à ces valeurs va au delà de l’obstination et frôlerait le fanatisme. Suis-je un utopiste dont la naïveté est plus qu’endémique ? Certainement pas. Mais, pourquoi les immenses possibilités offertes par la démocratie sont-elles discriminatoires ? Pourquoi violent-t-ils le droit de vote et le respect de la volonté exprimée par la majorité si toutefois, la démocratie se définit comme telle ? Une catégorie géo-localisable, facilement identifiable et de surcroît numériquement importante assiste sans défense à la violation permanente de leurs droits de choisir ses dirigeants.

Siège de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de Guinée. [Source : nostalgieguinee.net]

Siège de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de Guinée. [Source : nostalgieguinee.net]

Pourquoi ? La raison est simple. Pour des considérations d’ordre économique essentiellement, des acteurs disposant d’un sceau institutionnel arrive avec une certaine habileté et en fonction du contexte, à glisser entre les lignes des « notes » de bonnes intentions et de principes démocratiques savamment choisis mais qui sonnent faux. Avec des déclarations aux contours sémantiques extraordinaires, ils parviennent à berner les électeurs qui, en quittant les bureaux de vote exultaient déjà d’avoir exercé son droit de vote et naturellement ils s’attendaient au respect de ce droit. Mais la désillusion ne tardera pas à s’installer dans les esprits. Le vainqueur aux urnes n’est pas le vainqueur proclamé. De façon récurrente cette réalité semble intégrer les mœurs politiques dans nos différents Etats à la démocratie balbutiante. Ces pratiques malsaines des entreprises politico-économiques renforcent le doute chez les afro-pessimistes qui s’interrogent sur les vagues de contestations suivies de violences qui découlent des élections en Afrique. Dans un article publié en 2002 et intitulé : « La fraude électorale « démocratique », Yengo Patrice écrivait : « Le suffrage universel, loin d’être l’expression de la volonté populaire, devient le moyen par lequel le système politique se perpétue et, par le fait même, exclut les populations comme par le passé. Là où celles-ci font l’apprentissage du droit à l’expression, les élites, elles, travaillent à la mise en œuvre du plébiscite dans la ligne des anciens partis uniques. » Dresser un tel réquisitoire contre la pratique de la démocratie en Afrique n’est pas un fait nouveau et les arguments avancés par les analystes politiques sur cette réalité sont le plus souvent convaincants. Mon ambition à travers cet article n’est pas de procéder à la recension de tous les écrits sur les élections en Afrique et les fraudes qui les caractérisent. Je ne pourrais le faire dans un seul article. L’objectif est d’exprimer des sentiments d’amertume et de déception objectivement justifiés selon moi, sur les paramètres géostratégiques aux relents essentiellement économique qui entrent en jeu dans une élection en Afrique au détriment de l’expression de la majorité. Comme tout citoyen lambda je croyais aveuglement aux cautions « démocratiques » qu’attribue la communauté internationale aux élections en Afrique. Oui ! La fameuse communauté internationale difficilement localisable sur une carte, mais chaque pays africain reconnait « sa » communauté internationale en fonction des affinités et des intérêts qui les lient.

Les opération de vote en Guinée lors du premier tour. © Youri Lenquette. AFP

Les opération de vote en Guinée lors du premier tour.
© Youri Lenquette. AFP

Encore un qui accuse la communauté internationale ! Allez-vous continuer à accuser les autres de vos malheurs ? Cette question revient souvent dans les débats. Je réponds par la négative. Mais certaines accusations peuvent se justifier. Il faut savoir que l’opinion nationale dans son désespoir et à la recherche d’une oreille attentive à ses aspirations accorde assez du crédit aux positions et déclarations de sa « communauté internationale » à elle. Par exemple, en temps de crises dans nos pays, la fréquence d’écoute et d’audience des médias étrangers reste accrue et cela témoigne en partie du capital confiance qu’accordent les citoyens africains aux regards extérieurs de sa situation. Cette quête de vérité et de légitimité ne devrait pas être trahie pour une raison ou une autre, même au nom d’une prétendue stabilité à préserver qui, d’ailleurs, souffrirait d’un calcul économique pour la stabilité des affaires. Qui a énoncé cette maxime que : « l’argent n’aime pas le bruit. » Ma petite expérience dans le milieu de l’observation électorale dans mon pays me donne le droit de dénoncer certaines pratiques qui, selon moi, sont antidémocratiques et inadmissibles surtout quand elles sont entretenues par ceux qui sont sensés attribués une note à une élection. Cette mission plus qu’exaltante était surtout pleine d’enseignements sur les capacités à concilier dans un processus électoral les enjeux et les rôles des acteurs impliqués. Mais aussi et surtout le contraste sidérant d’un côté entre ce qui est politiquement correct et qui est mentionné élégamment dans les déclarations et rapports, et de l’autre côté, les débats dans les coulisses ou encore le contenu des informations recueillies sur le terrain. Pour un non-initié, il est toujours difficile de cerner les différents paramètres qui entrent en ligne de compte dans les prises de positions publiques. Toutefois, il faut s’habitué à rencontrer de façon abusive ces expressions toutes faites dans tous les rapports d’observation électorale en Afrique : « la mission salue – encourage – déplore – recommande »’. Ce jeu d’acteurs à différents niveaux reste très éloigné des perceptions des citoyens sur les notions de suffrage universel et de transparence quand elles se rendaient massivement dans les bureaux de vote sous un soleil de plomb pour accomplir leur droit de choisir ses dirigeants. La Guinée est un petit pays qui n’intéresse pas assez la communauté internationale, me disent certains, surtout quand j’ai tendance, à leurs yeux, à tout dramatiser. Oui ! La Guinée est un petit pays mais les valeurs démocratiques doivent être appliquées partout de la même manière avec la même rigueur. Je termine cette deuxième partie de la série de réflexions sur les fondamentaux non négociables d’une démocratie vraie en Guinée par cet extrait d’une allocution de Kofi Annan au Sommet de l’Union africaine à Maputo en 2003 : « La démocratie ne se résume pas à la tenue d’élections. Elle exige que chacun, y compris le gouvernement et le parti au pouvoir, respecte l’Etat de droit. Elle exige des institutions viables qui garantissent les droits fondamentaux de tous les citoyens, y compris des minorités. Elle exige la vigilance constante d’une société civile dynamique. »