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[Par Larbi GRAÏNE]

La France célèbre cette année sa fête nationale du 14 juillet en y associant pour la première fois l’Algérie. Si les autorités françaises justifient la présence de son ex colonie en raison de la participation de 173.000 de ses combattants à la première guerre mondiale, il n’en demeure pas moins que la fête française croise d’autres séquences de l’histoire algérienne.
Instituée en 1880, cette fête fait référence d’abord à la prise de la Bastille qui marque l’abolition de la monarchie absolue (14 juillet 1789), ensuite au jour moins bien connu d’union nationale, appelé aussi Fête de la Fédération (14 juillet 1790).

Charles Thévenin (1764-1838), La Fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, au Champ-de- Mars. © Musée Carnavalet/ Roger-Viollet

Charles Thévenin (1764-1838), La Fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, au Champ-de- Mars.
© Musée Carnavalet/ Roger-Viollet

Quand la fête du 14 juillet est instituée sous la IIIe République, l’occupation de l’Algérie par la France bouclait presque jour pour jour sa 50e année. C’est le 5 juillet 1830, que le Dey Hussein signait le traité de capitulation d’Alger, après que le corps expéditionnaire français eut parvenu à mettre en pièces ses troupes. 130 ans plus tard, l’Algérie devenue indépendante, gomme d’un revers de la main le souvenir de la capitulation en instaurant le 5 juillet, comme fête de l’indépendance lors même qu’une autre date pouvait bien être retenue pour marquer l’événement, à savoir le 19 mars 1962, date du cessez- le-feu.

Rencontre entre les communards parisiens et les insurgés kabyles

Mais pour l’histoire, c’est trop loin de la France et de l’Algérie, qu’une poignée d’Algériens vont entendre parler de la révolution française.

Dans une France du XIXe siècle en proie à de nombreuses convulsions politiques en lien avec les changements de régime qu’aggravent les ambitions liées à la conquête d’un nouvel empire colonial, les hommes et les femmes sont poussés sur le chemin de l’exil quand ils ne sont pas déportés dans de très lointains pays, souvent insulaires. C’est dans ce contexte qu’apparaissent les bagnes coloniaux appelés à abriter une foultitude de proscrits politiques et de droits communs. Victor Hugo lui même fit les frais du coup d’Etat de « Napoléon le Petit », ce qui le contraindra à l’exil. L’œuvre de cet écrivain s’en ressentira d’ailleurs. Il dressera du reste des portraits saisissants des opposants au coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte. Un peu plus tard, le 18 mars 1871 éclate l’insurrection de Paris, que l’historiographie désigne sous le nom de la Commune. Au même moment (le 16 mars 1871) une autre insurrection se déclare en Algérie sous l’impulsion des Kabyles conduits par Mohand Amokrane, (cheikh el Mokrani) et le cheikh Aheddad. Si les insurgés parisiens instaurent le gouvernement du peuple face à une classe dirigeante bourgeoise défaillante, les insurgés kabyles engagent, quant à eux, une grande bataille contre le pouvoir colonial. Les deux événements se rejoignaient quant au fond. Car c’est de la libération des peuples respectifs qu’il s’agit. La Commune a duré un peu plus de deux mois et s’est soldée par 7500 morts environ parmi les communards et des milliers de prisonniers. De l’autre côté de la Méditerranée, l’insurrection kabyle qui a duré plus longtemps (près de 10 mois) fut particulièrement meurtrière même si les sources sont restées muettes sur le nombre de morts. L’on sait par contre que l’armée d’occupation était composée de près de 86 000 hommes. La défaite de la Commune de Paris avait permis du reste à l’armée d’Afrique de reprendre les choses en main. Après la répression sanglante de l’insurrection algérienne, plus de 120 hommes kabyles furent déportés à l’autre bout du monde dans l’archipel du Pacifique sud : la Nouvelle-Calédonie, devenue territoire français depuis une vingtaine d’années.

Les déportés kabyles [Photo tirée de iisg.nl]

Les déportés kabyles [Photo tirée de iisg.nl]

C’est là que les Kabyles vont croiser les communards déportés. Grande figure féminine de la Commune de Paris, Louise Michel, qui côtoya les Kabyles les décrit comme « des Orientaux (…) simples et bons et d’une grande justice (…) [qui] ne comprenaient rien à la façon dont on avait agi avec eux ». Cela dit, s’il fut d’une portée extraordinaire, le mouvement du 14 juillet, n’en reste pas moins un idéal en construction. C’est dire que son avenir dépend de sa capacité à s’expurger de son ambiguïté historique.

 

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