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[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Le fils à papa, Ali Bongo, vient de gagner les élections « sur le fil » par 49,80 % contre 48,20 % récoltés par son rival, Jean Ping. Avec de violentes contestations à la clé. Comme ce fut le cas, en 2009, quand il accéda au pouvoir par les urnes, en remplacement de son père, Omar Bongo, décédé deux mois plutôt.
A cette occasion, à Port Gentil, capitale économique du pays, bâtiments publics et marché furent brûlés, commerces pillés…

Des hélicoptères survolent l'Assemblée Nationale d'où s'élève un panache de fumée ©lemonde.fr

Des hélicoptères survolent l’Assemblée Nationale d’où s’élève un panache de fumée ©lemonde.fr

L’histoire semble donc bégayer. Car, mercredi 31, quelques instants seulement après la proclamation des résultats du vote, faite à travers une grande tension, les scènes de violences ont éclaté. Par rapport en 2009, celles-ci ont vite gagné en intensité et en étendue, car elles ont touché à la fois plusieurs quartiers populaires de la capitale. En un tournemain, les manifestants ont réussi à brûler une partie de l’Assemblée nationale. En riposte, les forces de sécurité prenaient d’assaut par hélicoptère le quartier général de l’opposant. Inédit !

Avec cette montée en puissance de la colère des Gabonais et face à la détermination du pouvoir à défendre ses intérêts, on n’en est déjà qu’aux frémissements d’une insurrection. Toutes proportions gardées, il en était ainsi de la prise de la Bastille, en 1789 ou de celle du Palais d’Hiver de Saint-Pétersbourg, en 1917.
Pour le Gabon, ce pays d’Afrique centrale, deux fois moins grand que la France, et peuplé de plus d’un million et demi d’habitants, les causes ne sont que plus apparentes.

Il s’agit, d’abord, de la théorie qui démontre que « le pouvoir use ». Ali Bongo, qui a succédé à son père, après 42 ans de règne, en constitue un archétype idéal. Le septennat qu’il vient de consommer amène ce chiffre à quasiment un demi-siècle de direction suprême du pays. Est-ce dans un monde où le mot démocratie, qu’on le veuille ou non, a tendance à devenir culte, sinon à se sacraliser. Or, dans les trois pays africains où « les fils à papa » se sont emparés du pouvoir (RD Congo, Togo et Gabon), ceux-ci ne sont autrement perçus que comme des usurpateurs à la tête des « dynasties dévoyées ».

Un militant de l'opposant Jean Ping brandit un drapeau du Gabon, le 31 août 2016 à Libreville. © MARCO LONGARI / AFP

Un militant de l’opposant Jean Ping brandit un drapeau du Gabon, le 31 août 2016 à Libreville.
© MARCO LONGARI / AFP

Avec, au Gabon, une situation spécifique, où « le roi est nu » : la majorité des caciques du régime ayant déserté le Parti démocratique gabonais (PDG) au pouvoir. Au rang desquels le général Ngari, un des cousins du président, et considéré comme gardien du temple du clan Bongo. Sans oublier André Mba Obamé, ancien ministre de l’Intérieur et « pote » du chef.

En clef de voûte, se trouvent l’union – bien que de circonstance – de principaux partis de l’opposition -, la méfiance de l’Eglise Catholique et l’inimitié sournoise des pays voisins comme le Congo et la Guinée Equatoriale. Ce dernier pays aurait eu partie liée avec l’opposition, à travers un appui financier.

Au regard de tous ces éléments, on s’aperçoit que la position du fils à papa gabonais est au ras des pâquerettes et que « La Maison Bongo » n’est plus, désormais, une citadelle ni inexpugnable ni honorable. En fait, cette victoire à la Pyrrhus ne manquera pas de peser sur le rapport de forces entre un pouvoir esseulé et un peuple méfiant. Le Burundi en est un exemple parlant. L’autre conséquence est à situer en externe : une aubaine pour les à fils à papa en exercice (RD Congo et Togo) qui y trouveront une jurisprudence pour s’incruster au pouvoir. Et, une belle promesse pour ceux qui se préparent à y faire leur entrée (Ouganda et Guinée Equatoriale).

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