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Keith Mallet


Chers amis lycéens,

 

Je suis journaliste­ présentatrice ivoirienne (Côte d’Ivoire), membre de la rédaction de « l’œil de l’Exilé », journal en ligne de la Maison des Journalistes de Paris. Permettez moi de commencer cette lettre ouverte par une petite histoire.

 

A l’aube d’un 20 avril 2011, une femme, sa fille âgée en son temps d’à peine 20 mois et son époux quittèrent leur terre natale, sous les bruits assourdissants d’armes lourdes. Avec comme seuls biens, juste des casse­croûtes et un peu de sous pour la route .Elle portait un bébé. Toute sa famille arriva au Ghana, pays voisin de la Côte d’Ivoire. Après deux jours passés dans ce pays où la barrière linguistique était un problème face à une situation d’assistance sanitaire urgente, elle et sa famille ont décidé de mettre le cap sur le Togo, pays francophone, donc plus accessible sur le plan linguistique. Cette famille se fit enregistrée au HCR Togo, et a vécu de dons et de petits commerces dans des conditions extrêmement difficiles. Elle perdit son bébé après 4 mois de grossesse. La femme se forma en Cycle III de Diplomatie à l’ENA du Togo. Les extraditions, menaces de mort, et enlèvements, étaient de plus en plus récurrents. Elle arriva avec sa fille le 1er août 2013 en France. Cette femme c’est moi, et cette petite digression est en rapport avec le thème de la Semaine de la presse et des médias que vous célébrez en ce moment.

 

C’est­-à­-dire, « Liberté de la presse ». Parce que mon seul péché pour avoir vécu ces trois dernières années dans la précarité, loin des miens, privée de mes acquis professionnels et financiers, c’était d’avoir dénoncé l’imposture, la prise du pouvoir par les armes et le refus de respecter les lois, dans l’exercice de mon métier. Le journalisme étant un sacerdoce, j’ai refusé de cautionner le coup d’État militaire manqué du 19 septembre 2002, qui s’est mué en rébellion armée, qui a fait des milliers de morts et de graves violations de droits de l’Homme, et qui a été parachevé le 11 avril 2011, avec l’approbation de la Communauté internationale. En Côte d’ivoire, la presse a bénéficié de la dépénalisation, depuis décembre 2004. C’est à l’actif du président Laurent Gbagbo qui, s’est toujours opposé à ce qu’un journaliste soit persécuté ou emprisonné pour ses idées. Mais, cette loi n’est plus qu’un vulgaire texte. La presse est muselée et vit dans la terreur à cause des intimidations, voire des assassinats. On peut citer par exemple, Sylvain Gagneteau, Légré Marcel, et plus récemment, en octobre 2013, Désiré Oué assassiné devant sa famille parce que soutenant les institutions de la République incarnées par Laurent Gbagbo.

 

En France, comme presque partout dans le monde, la liberté de la presse n’est qu’un leurre! J’en veux pour preuve que la presse française ne peut expliquer à son peuple toutes les dérives de la politique étrangère de celle­ci. L’installation de la démocratie par les bombes avec ses dégâts collatéraux qui touchent sensiblement les populations hors de la France. Le soutien de présidents illégitimes, des rébellions armées, parfois même au mépris de lois de ces pays souverains, n’est nullement dénoncés par les médias occidentaux. Aujourd’hui le classement de la Côte d’Ivoire à la 101ème place selon Reporters Sans Frontières (RSF) est plus que justifié. Car, ni la presse occidentale, ni la presse nationale ivoirienne et les autres presses n’arrivent à dénoncer les graves violations de droits de l’Homme en Côte d’Ivoire. Par exemple, le génocide des Wè (ethnie de l’ouest de la Côte d’Ivoire), la torture de plus de 800 prisonniers politiques, le règne des seigneurs de guerre décorés par le régime d’Abidjan, la dépossession des terres des autochtones ivoiriens, la naturalisation en masse de nombreux étrangers, les assassinats, les arrestations et tortures systématiques de tous les proches et sympathisants de Laurent Gbagbo. Pour différentes raisons, la presse quelle que soit où elle se trouve est muselée et sous pression des politiciens et autres maîtres du monde. Doit-­elle pour autant reculer face à sa responsabilité, à savoir informer, éveiller la conscience des populations, mener la lutte pour les libertés et la souveraineté des Etats?

 

Moi je dis non, parce que le journalisme en plus d’être un métier noble est un devoir et quelque soit les sacrifices à consentir, il faut tenir cet engagement. Tel est l’engagement de la femme, de la mère et de la journaliste que je suis!
Puisse mon témoignage vous édifier et vous apporter un plus dans le choix important de votre
future place dans la société. Pourquoi pas en tant que journaliste. Excellente semaine de la presse et des média.

 
Carole Attioumou­ Sérikpa

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