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[Par Shiyar KHALEAL]

Traduction de l’arabe par Liz ALSHAMI

« L’abattoir humain » est le titre d’un rapport publié par Amnesty International qui relate des actes de pendaisons collectives et d’extermination planifiée à grande échelle.

«En tant qu'ancien détenu, le terme d'abattoir est le seul approprié pour qualifier les crimes commis dans les prisons d'Assad.» Shiyar KHALEAL, groupe de travail pour les Détenus syriens

«En tant qu’ancien détenu, le terme d’abattoir est le seul approprié pour qualifier les crimes commis dans les prisons d’Assad.» Shiyar KHALEAL, groupe de travail pour les Détenus syriens

Saidnaya est un village en majorité chrétien dans la campagne de Damas où on trouve 21 monastères, 40 églises et une seule prison militaire. Dans cette prison, selon le rapport, sont pratiqués par le régime syrien des égorgements systématiques de civils au seul motif d’avoir pensé à s’opposer au régime ; depuis 2011, y ont été pratiquées des milliers d’exécutions sommaires sans autre forme de procès , sous forme de pendaisons collectives de nuit exécutées par d’autres prisonniers et dans le plus grand secret , parallèlement à des privations de nourriture, d’eau, de médicament et de soins médicaux, les cadavres étaient transportés dans des fosses communes dans la campagne de Damas avec la bénédiction du régime.

Une extermination collective égale à des crimes de guerre, selon les critères du Statut de Rome créant la Cour Pénale Internationale, se déroule au cœur de la capitale syrienne et sous le commandement d’hommes du régime de Bachar Al Assad, des meurtres de la pire espèce se pratiquent au vu et au su de tout le monde dans un silence assourdissant de la part des forces et instances internationales.

Dans cet abattoir humain, les exécutions sont ordonnées, selon le rapport d’Amnesty, par des responsables de haut niveau, avec l’approbation du grand mufti et sur injonction du ministre de la défense ou du chef d’état-major de l’armée, tous les deux mandatés pour agir à la place de Bachar Al Assad, le procureur général d’un tribunal d’exception signe aussi les ordres d’exécution ainsi qu’un représentant des organes sécuritaires; de même, une commission composée d’officiers, de fonctionnaires pénitentiaires et de représentants médicaux, dirige personnellement l’exécution des condamnations .

Selon des témoins, le rapport parle de 13 000 personnes exécutées sans jugement à Saidnaya, entre septembre 2011 et décembre 2015.

Les cordes des potences ne pouvant pas venir à bout des enfants à cause de leur petite taille, le bourreau est obligé de tirer leurs corps vers le bas pour les achever, ils partent dans l’au-delà où Jésus prononce leur éloge funèbre, oui, dans ce tombeau collectif il y a des milliers d’âmes qui continuent à souffrir et attendent un geste de ce monde incapable d’arrêter cette machine de mort.

Le rapport d’Amnesty est un des plus importants rapports, il atteste des meurtres de civils perpétrés par Al Assad, grâce à des témoins oculaires qui étaient sur place et ont échappé à la guillotine et à la mort promise. Face à ces preuves éloquentes, verrons-nous une réaction de l’opinion publique internationale dans le but de traduire la tête du régime syrien et ses sbires devant des tribunaux internationaux ou bien le monde se contentera de verser quelques larmes et de refermer le dossier, comme a été refermé le dossier «César» documenté par des milliers de photos de civils tués par la même machine de mort ? En tant qu’ancien prisonnier dans les geôles du régime, emprisonné pour avoir fait mon travail de journaliste opposant à Al Assad, j’ai vu des centaines de meurtres et je suis hanté par leurs âmes, ici dans cette belle ville qu’est Paris, et j’attends que toute l’Europe rende justice aux Syriens.

Les Syriens, dans toutes leurs composantes, demandent instamment au monde et aux organisations civiles des droits de l’homme d’agir vite pour mettre un terme aux crimes, ces crimes et emprisonnements de la part d’Al Assad sont la cause directe de la fuite des populations civiles qui se réfugient en Europe, les revendications des Syriens sont simples : comme tous les pays européens, ils demandent un État civil où sont respectés toutes les libertés et tous les droits et où règnent la justice et l’équité.

13000 personnes ont été pendues entre 2011 et 2015. La plupart d'entre elles étaient des civils. Et ces massacres de masse vont jusqu'à plus de 50 personnes pendues par semaine ©Working Group for Syrian Detainees

13000 personnes ont été pendues entre 2011 et 2015. La plupart d’entre elles étaient des civils. Et ces massacres de masse vont jusqu’à plus de 50 personnes pendues par semaine ©Working Group for Syrian Detainees

– Laisser entrer immédiatement des observateurs internationaux pour répertorier les cas de détention et de disparition forcées dans les prisons du régime syrien, prioritairement dans la prison militaire de Saidnaya (l’abattoir humain) et les autres prisons, branches des services de Sécurité comprises.

– Exiger la fin des condamnations à mort quotidiennes.

– Ouvrir une enquête internationale et traduire devant les tribunaux les responsables de ces massacres et de ces tortures dans les geôles syriennes.

– Exiger la libération immédiate de tous les détenus, en particulier les femmes et les enfants.

L’Europe, en tant que grande puissance, sera-t-elle capable de rendre justice aux Syriens ou bien le vent emportera-t-il toutes ces souffrances et la ville de Jésus, « Saidnaya », continuera-t-elle à être témoin des larmes et des gémissements ?

 

 

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