• facebook
  • Instagram
  • youtube
  • twitter
  • vimeo
  • contact
  • rss
  • Google+

[Par Larbi Graïne, journaliste algérien]
larbigra @ gmail . com

 

La maladie du président Abdelaziz Bouteflika a dominé l’actualité politique en Algérie tout au long de 2013. Devenue star politique, l’infirmité du chef de l’Etat devait très vite faire écran au scandale de corruption qui éclaboussa son gouvernement, et à l’attaque du site gazier de Tinguentourine, suite à l’enlisement du conflit touareg aux frontières sud de l’Algérie. A la tête du pays depuis 1999, Bouteflika briguera-t-il un 4e mandat ?

Président Abdelaziz Bouteflika / Par lefigaro.fr - Crédits Photo : -AFP

Le Président Abdelaziz Bouteflika / Par lefigaro.fr – Crédits Photo : -AFP

Telle est la question qui ne cessait d’alimenter les colonnes des journaux. Les experts en communication du régime ont tout fait pour soigner l’image du Président malade. Les rumeurs le donnant pour mort au moment où il était soigné à l’hôpital du Val-de-Grâce en France, ont contraint les décideurs algériens de mettre le chef de l’Etat sous les projecteurs des caméras de télévision. Soigneusement filtrées, les images qui ont été prises ont fait le tour du monde. Elles montrent pourtant un homme profondément hagard et affaibli. Bouteflika apparait en robe de chambre affalé sur un fauteuil en compagnie du Premier ministre Abdelmalek Sellal, et du chef d’Etat-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah. On est le 12 juin 2013 et le Président n’avait plus remis les pieds dans son palais d’El-Mouradia depuis 47 jours. Ses médecins évoquent dans un premier temps l’AIT (accident ischémique transitoire), en d’autres termes une attaque cérébrale légère avant de se raviser en pointant un mal plus grave : l’AVC ou accident vasculaire cérébral. Bouteflika ne regagnera le pays que le 16 juillet 2013 après 80 jours mais pour apparaitre de nouveau sur les écrans assis sur un fauteuil roulant, le visage livide et les yeux perdus. Sitôt arrivé au pays, l’on annonce que le Président va poursuivre une période de convalescence. Or il ne restait à Bouteflika moins d’une année pour terminer son mandat qui expire en avril 2014. Mais au vu de son état de santé qui ne cessait de se dégrader et dont tout le monde pouvait se rendre compte au fil d’apparitions aussi parcimonieuses qu’épisodiques à la télévision d’Etat, on commençait alors à émettre de sérieux doutes quant aux capacités de Bouteflika à gouverner le pays. Des voix se sont même élevées pour réclamer une élection présidentielle anticipée. Mais c’était sans compter sur les consignes que le pouvoir réel a fait passer au gouvernement en place.

 

Le FLN repêché pour jouer le baroudeur

 

Le Front de libération nationale (FLN) qui n’est pas un parti politique dans le vrai sens du terme mais un appareil inféodé au chef de l’Etat, lequel en est le président d’honneur dans un faux sursaut d’orgueil s’est ressaisi à la fin août 2013 en mettant fin à la crise de succession des chefs en élisant à sa tête par un tour de passe-passe dont lui seul a le secret, Amar Saadani, ex président de la chambre basse du parlement algérien. L’homme est réputé pour être un exécutant fidèle du plan de qui il reçoit ses ordres. Miné par une crise depuis l’avènement du multipartisme en 1989, le FLN s’est vu désigner ses secrétaires généraux et imprimer sa ligne de conduite par les pouvoirs successifs. Seul Abdelhamid Mehri bien que désigné par le Président Chadli Bendjedid a osé en son temps défier les généraux de l’armée en arrimant son parti à l’opposition. Mais Saadani se distingue par ses attaques- les premières du genre de la part d’un apparatchik dans les annales politiques algériennes- contre les services secrets, le fameux redoutable DRS, Département du renseignement et de la sécurité, dont le chef, le général Mohamed Lamine Mediène, alias Toufik était considéré jusqu’à récemment comme le véritable maître de l’Algérie. Faisant écho à Saadani, alors que Bouteflika, très fragilisé devenait de plus en plus invisible, le gouvernement annonce la restructuration des services du renseignement, lequel voit plusieurs de ses directions passer sous le contrôle de l’Etat-major. Dans le même temps des proches collaborateurs de Toufik sont limogés. Ce qui passait aux yeux de beaucoup comme un duel entre Bouteflika et Toufik n’a été que très rarement analysé sous l’angle de la reprise en main par l’Etat-major de l’armée des prérogatives qu’il avait perdues au moment où, en 1991, l’Algérie basculait dans la guerre civile. Le DRS, en fait, devait faire les frais de son incompétence à protéger un site aussi stratégique que celui de Tinguentourine où l’Algérie y avait laissé des plumes au niveau international.
Tout compte fait c’est un président fantomatique qui aborde l’année 2014, s’adressant aux Algériens par voie de communiqués, Bouteflika évite de plus en plus de se montrer à la télévision car on le dit incapable de parler, le moindre effort pouvant lui coûter ses dernières forces. Si la presse internationale relève le caractère spectral du candidat Bouteflika, c’est que quelque part l’image du malade hospitalisé s’est surimprimée sur le portrait officiel. Suprême ironie, la présidence se fendra d’un communiqué informant que le président sortant sera candidat à sa propre succession à la présidentielle du 17 avril prochain.

 

Un candidat en cache un autre

 

Si le DRS a été en principe rappelé à l’ordre il n’en demeure pas moins qu’on continue à user de ses méthodes. On peut du reste se demander si ce qui est en train de se profiler à travers la prochaine élection n’est pas une grosse manœuvre de manipulation de l’opinion visant à faire accroire que Bouteflika est réellement le favori alors qu’en réalité, il ne fait que de la figuration ? Le sociologue Lahouari Addi a montré une piste intéressante en évoquant la possibilité qu’Ali Benflis, ancien chef de gouvernement et candidat malheureux à la présidentielle de 2004 soit le véritable candidat de l’armée et que Bouteflika ne soit qu’un lièvre. Ayant à l’esprit la grosse campagne d’intoxication d’officines occultes qui lors de l’élection présidentielle de 2004 qui a permis au président sortant de briguer son second mandat, avaient savamment distillé des informations faisant état de la défaite de Bouteflika face à Benflis. A l’époque, des hommes politiques et des journalistes de renom avaient mordu à l’hameçon. Ces rumeurs devenaient d’autant plus vraisemblables qu’elles étaient relayées par des opposants. Animant un meeting dans une salle d’Oran, fief de Bouteflika, Saïd Sadi, alors président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et candidat à la présidentielle, s’est écrié sûr de lui « Je vous le dit Bouteflika ne passera pas ! ». On susurrait que Benflis avait le soutien du Général Mohamed Lamari alors chef d’Etat-major de l’armée. Au-delà de ce que ces faits peuvent suggérer comme proximité pouvant exister entre officines et « démocrates », cela peut éclairer l’attitude de Mouloud Hamrouche, ancien chef de gouvernement sous Chadli, qui aujourd’hui se refuse à descendre dans l’arène. Hamrouche qui ne s’est jamais laissé compter par la propagande des officines occultes, a conscience que les jeux sont déjà faits.

 

Qui de Bouteflika ou de Benflis sera élu ?

 

Grabataire bientôt de 77 ans, Bouteflika, issu de l’Ouest, est un candidat impossible, le quatrième mandat n’est qu’une chimère et l’armée le sait. Si en dépit de cela Bouteflika est réélu, c’est qu’on sait que ce n’est pas lui qui va gouverner le pays. Une révision de la constitution devrait doter l’Exécutif du poste de vice-président. On ne sera pas alors tenus d’organiser une nouvelle élection si le chef de l’Etat réélu viendrait à passer à trépas. Quant à Benflis, bientôt 70 ans issu de l’Est, dans la région de Batna d’où sont originaires les gradés de l’armée, il est réputé être une personnalité « molle ». Ce « fils de famille » qui fut, outre chef de gouvernement (limogé par Bouteflika en 2003), secrétaire général du FLN (démissionné par la Présidence), directeur de campagne électorale du candidat Abdelaziz Bouteflika, directeur de Cabinet de la Présidence, on pourrait se demander pourquoi il se présente à ces élections après tant de déconvenues. L’homme a observé le silence depuis 10 ans n’osant émettre aucune critique. Certainement, s’il figure parmi la liste des candidats à la magistrature suprême, c’est qu’on lui a demandé de le faire. Mais de quelque côté que penchera la balance, le président qui sortira des urnes, ne bénéficiera que d’un fragile consensus. Les généraux paraissent avoir paré au plus pressé, et jamais leur choix, n’a été aussi incertain. L’armée qu’on dit faiseuse de rois, n’est-elle pas en train de se muter en faiseuse de reines ?

 

 

  • SUIVEZ-NOUS !

  • SUIVEZ-NOUS !

  • INFORMATIONS

  • NOS PARTENAIRES

L'ANCIENNE VERSION DE L'OEIL