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[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Les drames congolais ? C’est cyclique. La clef de voûte de celui qui a commencé à se tisser, à travers la présidentielle brouillée de 2011, vient d’être posée, le jeudi 17 novembre. Il s’agit de la nomination d’un nouveau Premier ministre, en la personne de Samy Badibanga, selon les termes d’un « Dialogue politique » bâtard. Un forum initié par l’Union africaine, vite rejeté par les principaux partis d’opposition, mais auquel a participé une poignée de « dissidents ».

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Samy Badibanga ( au centre), lors de la cérémonie d’ouverture du dialogue national, à Kinshasa, le 1er septembre 2016 ( crédits photos: Junior.D.Kannah AFP)

Le fond du problème : la tenue de la présidentielle, prévue en ce mois de novembre, et par conséquent, le départ du pouvoir du président Kabila, dont le deuxième et dernier mandat s’achève le 19 décembre, en vertu de la Constitution ou report de cette échéance, avec pour conséquence, le maintien du président en exercice. Il s’agissait, en résumé, du respect ou non de la Constitution.

Le 17 octobre, le « Dialogue politique » a tranché : report de la présidentielle et maintien à ses fonctions du président Kabila, jusqu’en avril 2018, situation qui devait être accompagnée par une sorte de gouvernement de transition, sous la conduite d’un Premier ministre, issu de l’opposition. Or, depuis 2011, Samy Badibanga est en rupture de ban avec la direction de l’UDPES, son parti et formation principale de l’opposition congolaise.  De ce fait, Il ne représente que lui-même.

D’où l’impasse, ou plutôt le début d’un énième drame sanglant. Alors que, dès le départ, l’ONU, les Etats-Unis, la France, l’Eglise Catholique, et plusieurs voix ayant autorité à travers le monde prônaient le respect de la Constitution, tout en appelant à la responsabilité du président Kabila. Rien n’y a fait. Si bien qu’on en est arrivé, aujourd’hui, à ce point de non-retour qui ne peut présager autre chose qu’un bain de sang.

Le règne des « rois fainéants »

Comment s’est construite cette usine à gaz ? La réponse se trouve dans l’histoire même postcoloniale du pays : c’est un pays de crises cycliques. Au point qu’au cours des années 1960, date de l’indépendance, le substantif « congolisation » fut forgé pour désigner toute situation de grand désordre au monde.

Depuis, le ciel congolais n’a guère connu d’éclaircies. Les rébellions de toutes les couleurs, la dictature de Mobutu pendant 33 ans et l’arrivée de la dynastie Kabila au pouvoir (père, puis fils), depuis 1997, ont laissé ( et continuent à le faire) des stigmates de la médiocrité.

C’est dans cette logique qu’il convient de placer les convulsions qui ébranlent, actuellement, la sphère politique congolaise. Avec, en prime, l’appui du règne d’un président de la République, comparable à celui des « rois fainéants » au VIIe siècle, dont le pouvoir n’était qu’apparent.

Telle est la caractéristique principale des deux mandats du président Kabila, hissé au fauteuil présidentiel, à l’assassinat de son père Laurent Kabila, en 2001. A l’opposé d’un Mobutu, ancien journaliste, qui fut au fait des rudiments des relations internationales. Et qui, par conséquent, avait une certaine vision des choses, qui lui permettait d’initier des décisions personnelles à prendre.

Les dés sont jetés

Quant à l’autre, c’est sa cour qui « pense » et règle tous les moindres détails sur la direction du pays. Son silence que la presse qualifie de « légendaire » n’a d’égal que son incapacité, elle aussi légendaire, à cogiter et à s’exprimer. Tout repose sur sa cour qui, progressivement, s’est solidement structurée, jusqu’à se donner la dénomination flamboyante de « G 6 », un groupe composé de six personnes aux pouvoirs illimités.

Certes, celle-ci comprend d’éminents intellectuels, comme Alexis Thambwe Mwamba, mais malheureusement, tous au caractère politique erratique. Sans idéal, sinon celui de s’enrichir sur le dos du peuple. D’où la succession des montages machiavéliques, visant à maintenir indéfiniment au pouvoir le « roi fainéant », sans la présence duquel ils seront éjectés, avec leurs affidés, hors des circuits pécuniaires.

La nomination de ce premier ministre, à l’analyse, ne constitue qu’un marchepied pour atteindre l’objectif final, à savoir l’amendement de la Constitution dans le but d’accorder deux mandats supplémentaires au président Kabila, comme ce fut le cas au Rwanda. Mais la RD Congo n’est pas le Rwanda. Et, dès lors, il faut dire que les dés sont déjà jetés pour une nouvelle crise, longue et sanglante.

 

 

 

 

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