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[Par Larbi GRAÏNE]

 

Il y a de la démesure dans Return to Homs, (Retour à Homs) le film de Talal Derki réalisé en pleine guerre civile syrienne. Projeté pour la première fois en France au cinéma Nouveau Latina à Paris, le 14 et le 15 mars derniers, ce documentaire a drainé beaucoup de monde. C’est dire que les révolutions arabes continuent d’exercer sur le public parisien beaucoup de fascination au bonheur d’un Festival du film des droits de l’Homme dont cette 12e édition est du reste estampillée d’une affiche du caricaturiste syrien Ali Ferzat. De la démesure, parce que le film est d’une authenticité inouïe. Ce qu’il donne à voir et ce qu’il donne à sentir, c’est l’atrocité d’un monde dans sa nudité la plus crue. Return to Homs est l’épopée de la démolition de la 3e ville de Syrie, l’antique Emèse. C’est un reportage direct sur des événements qui n’ont pas encore livré tout leur secret.

 

Abdel Basset Sarout, leader de la révolte à Homs

Abdel Basset Sarout, leader de la révolte à Homs

 

Une histoire de la démolition
Un groupe de jeunes manifestent contre Assad. Ils croient qu’ils vont faire tomber le dictateur de Damas rien qu’en imitant les Tunisiens. Sur la place publique inondée de monde, on brandit des pancartes on hurle « Assad dégage ! », on chante et on danse. On voit bien que la rue est tombée aux mains du peuple. L’autorité publique y semble être absente. Mais les manifestants ne savent pas encore qu’un engrenage va subrepticement s’enclencher avant de faire désagréger un à un les liens de solidarité qui les unissaient auparavant. Métaphore de la guerre totale en Syrie, Homs, s’étire soudain en un feuilleton sanglant et cauchemardesque. Dès lors que les premiers manifestants tombent sous les balles assassines des forces du régime, on commence à s’armer. Les groupes rebelles se constituent et le combat s’engage rue par rue, quartier par quartier. Les rebelles se dotent de Kalachnikov puis de lance-roquettes. Le face à face avec les forces de l’ordre s’installe durablement car les partisans d’Assad ont décidé de mettre le siège sur la ville. Les rebelles, quant à eux, sont acculés à riposter dans un périmètre de plus en plus réduit. La caméra de Talal Derki qu’on ne voit pas, mais qui nous fait voir des morts en direct, on la devine cachée sur un balcon ou une terrasse d’un immeuble. Il y a de gros plans sur le crépitement des balles et les cadavres qui roulent sur terre. Au fil des événements qui s’accélèrent, on se rend compte que le combat est inégal. Les rebelles combattent une machine de guerre qui a des ramifications internationales. C’est David contre Goliath, le pot de terre contre le pot de fer. Les forces du régime font usage de snipers, de tanks, et de bombardement au mortier. Les murs s’écroulent sur la tête des insurgés. En février 2012, déjà l’on enregistre un pic des plus meurtriers. Dans le quartier Khalidiyya, près de la mosquée Rifaï , des obus sont lancés lors même qu’on égorge. 200 morts dont des vieux, des enfants et des femmes, et 700 blessés. Ainsi l’étau se resserre sur la population, obligeant les familles à déserter leur maison. Il ne va rester dans la ville dévastée, désarticulée et calcinée que les plus déterminés d’entre les jeunes. Homs verra une petite trêve à l’occasion de la venue d’une mission de l’ONU. « Aujourd’hui la ville est rasée à 70 % » selon le politologue syrien Salem Kawakibi qui animait le débat lors de la séance du 15 mars.

 

Aider les Syriens ?
Return to Homs évidemment porte la marque de son temps. Une séquence du reste montre bien l’impact de l’épisode libyen. Une foule nombreuse réclame en entonnant une chanson « une zone d’exclusion aérienne » et « l’intervention de l’Otan ». Kawakibi a même nié ces faits pourtant attestés par le documentaire. Les reproches ont fusé des deux côtés. Kawakibi : l’Occident n’aide pas assez le peuple syrien. Les répliques au niveau de la salle ne se font guère attendre, sous le propos agressif : « allons-nous refaire l’histoire de la colonisation ? » perce pourtant la culpabilité. Kawakibi explique que l’Occident invente le radicalisme islamique pour trouver le prétexte de tourner le dos à un pays meurtri. Et de souligner que « la demande en radicalisme religieux crée l’offre » soutenant que duit de cette attitude, on a favorisé aujourd’hui la montée du religieux. Il rappelle que les Européens n’ont pas aidé les républicains lors de la guerre d’Espagne livrant ainsi ces derniers aux franquistes. Une voix se fait entendre dans la salle : « Je suis militant associatif, je sais que la France est le pays européen qui accueille le moins de réfugiés syriens dont le nombre est estimé à 4 millions. Et d’asséner « depuis 3 ans, la France n’en a accueilli que 6000 ».

 

 

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