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[Par Rebin RAHMANI]
 
Traduit de l’anglais vers le français par : Saida Huseynova et Françoise Serrero
 

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Kulbar


 
Durant l’été 2002, pendant mes vacances universitaires, j’étais à la recherche d’un emploi pour vivre. Mais dans cette petite ville, du Kurdistan, il n’y avait pas d’autre emploi que de travailler comme « courrier de frontière » : Kulbar (mot persan pour désigner celui qui transporte des boîtes sur son dos jusqu’à la frontière), ou comme commerçant : Kasebkar (celui qui reçoit des produits à la frontière, les charge dans le camion puis les amène au centre des villes pour les vendre).
 
Avec plusieurs amis, tous les soirs, à 23h00, nous montions à Kamyaran dans un camion, pour nous rendre à la frontière de l’Iran avec l’Irak, à Marivan.
A 03h00, à l’entrée de Marivan, nous prenions livraison des boîtes de thé produites à étranger, des courriers qui les apportaient sur leurs épaules de la frontière, et nous les mettions dans le camion. Puis, nous retournions à Kamyaran.
 
Nous étions cinq en charge de soixante boîtes de thé. Deux d’entre nous devaient charger les boîtes de thé dans le camion et rester sur le toit tout au long du voyage, ce qui était très dangereux. Nos cœurs battaient vite de peur de rencontrer la police ! Si nous étions arrêtés, il nous faudrait fuir à tout prix, car la seule chose qui nous attendait était l’arrestation, la prison et des amendes.
 
Nous avons évité les embuscades et les balles de la police plusieurs fois. Chaque jour, nos vies étaient mises en danger afin de gagner assez pour acheter de la nourriture.
Chaque fois, comme si on allait à un champ de bataille, nous n’étions pas sûrs de pouvoir rentrer à la maison. Trois mois ont passé comme ça…
 
Un jour, à l’entrée de la ville de la Kermashan, j’ai été arrêté avec trois compagnons à bord d’un camion et accusé de transporter soixante-cinq boîtes de thé de contrebande. Nous avons passé un certain temps dans la prison Awa Dizel de Kermashan et avons finalement été relaxés par le juge après avoir payé les amendes.
 
Quatre ans ont passé et je me suis retrouvé à la prison de Awa Dizel une fois de plus, cette fois-ci pour mes activités politiques.
 
Il semble que dans mon pays, tous les chemins pour gagner sa vie et pour obtenir l’égalité des droits et la justice sociale mènent à la prison.
 
L’existence d’un commerce et de passeurs transfrontaliers est un problème dont les causes sont économiques, politiques et sociales. Malheureusement, sous prétexte de lutter contre les importations illégales, la République islamique d’Iran a adopté la solution de l’élimination physique au lieu de trouver les racines et de créer des emplois. Pendant des années, la méthode dure et inappropriée de la confrontation violente a conduit la police locale à assassiner des dizaines de jeunes et de chefs de familles et à rendre une partie de la population invalide.
 
Aujourd’hui dans la région, des milliers de familles perdent le sommeil chaque fois que le chef de famille va au travail, craignant d’apprendre son assassinat par la police, sa mort dans l’explosion de mines terrestres, par noyade dans une rivière ou à cause du froid pendant les nuits glaciales du Kurdistan.
 
Personne ne nie l’énorme dommage financier qu’inflige la contrebande à l ‘économie du pays, mais connaissant les maladies sociales que sont le chômage et la pauvreté, les autorités de la République islamique d’Iran se sont-elles jamais posé la question de savoir pourquoi certains choisissent un métier si dangereux pour nourrir leurs enfants affamés ?
Devrait-on vraiment mourir pour cela ?
 
 

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