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[Par Mourad HAMMAMI]

La Maison des journalistes de Paris a organisé jeudi dernier, le 19 novembre 2015, dans l’après-midi, une conférence-débat animée par deux journalistes venus de la Syrie. Le voyage et la rencontre ont été initiés et encadrés par le Collectif des amis d’Alep du Rhône-Alpe.

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Mot d’accueil de Denis Perrin, représentant de la MDJ

Les deux journalistes syriens sont Youcef Seddik et Louai Aboaljoud. Le hasard du calendrier a voulu qu’ils arrivent en France au même moment que les terribles attentats de Paris. « C’était prévu que nous serions à Paris dans la nuit du 13 novembre, puis le vol a été reporté jusqu’au lendemain ». Ils devaient faire une conférence majeure à Lyon le 25 novembre ; à la demande de la préfecture, suite aux derniers évènements, elle a été annulée.
Seddik et Aboaljuoud sont très actifs en Syrie, notamment à Alep : ils ont en effet créé des syndicats et des agences de presse, à travers lesquels ils informent le monde sur la réalité de leur pays.
C’est leur premier déplacement à l’étranger, au-delà de la Turquie. Selon Youcef Seddik, les frontières sont fermées. C’est grâce à l’invitation du Collectif des Amis d’Alep et au visa français qu’ils ont pu se rendre en Turquie, puis prendre l’avion pour la France.

Louai Aboaljoud Alep Point Zero

Louai Aboaljoud pointe le catalogue de l’exposition Alep Point Zéro, qui a eu lieu à la MDJ de mai à septembre 2015

Selon ces journalistes Alep est divisé en deux territoires. A l’Est, il y a les révolutionnaires et à l’Ouest l’armée loyale au régime de Bachar el-Assad. Ils ont souligné que l’organisation de l’Etat Islamique, communément appelé Daesh, fait sa percée dans une partie du territoire de l’Est d’Alep et occupe du terrain particulièrement dans les zones rurales.
Selon eux, chaque jour il y a des bombardements contre les territoires sous le contrôle des révolutionnaires. Pour faire face à l’absence de l’Etat, les habitants ont mis en place des comités de quartiers, des conseils municipaux. En dépit des armes qui sont à la portée de tous, rares sont les moments où l’on enregistre des dépassements ou des dérapages entre citoyens. L’ennemi extérieur a fait tisser une grande solidarité entre les habitants, en effet une protection civile par la police a été mise en place : le service minimum est assuré grâce à cette auto-organisation des habitants.
Youcef Seddik accuse clairement l’aviation russe de bombarder des positions de révolutionnaires qui ne sont pas islamistes. Il cite à titre d’exemple le bombardement du village Sahara où un responsable révolutionnaire a été tué.

Un moment de l'intervention de Youcef Seddik

Un moment de l’intervention de Youcef Seddik

Selon ces journalistes, Daesh est une organisation barbare. Mais le premier ennemi à combattre est Bachar el Assad, car c’est lui qui a créée et qui alimente cette organisation terroriste dans le but de créer une diversion et un chantage pour se maintenir au pouvoir.
Les deux journalistes rajoutent que Daesh est surmédiatisé. Il existe d’importantes organisations de révolutionnaires qui luttent chaque jour et dont on parle rarement.

Interviewé par le magazine Télérama, Youcef Seddik a passé donc la parole à son collègue, Louai Aboaljoud, déjà emprisonné par le régime d’Assad, au lendemain de la révolution en 2011, ainsi que par Daesh, lors de son apparition dans la région d’Alep. A cette occasion, Aboaljoud a été menacé de mort et retenu six mois par le groupe terroriste dans un hôpital civil utilisé également comme prison. Sa libération n’a été possible qu’à la faveur de négociations menées par la rébellion.

La journaliste exilé Mazen Adi montre une photo des activistes syriens solidaires avec Paris suite les attentats du 13 novembre 2015

Le journaliste exilé Mazen Adi montre une photo des activistes syriens solidaires avec Paris suite les attentats du 13 novembre 2015

Malgré un lourd vécu de crimes menés par la dictature et par les terroristes, Aboaljoud a terminé la rencontre par une note d’espoir et de paix : à son avis, une action non violente sera la seule solution possible pour sortir la Syrie de la guerre et rendre le pays en un Etat libre et démocratique.
Selon Aboaljoud, les bombardements russo-occidentaux instaurés en réponse aux attentats terroristes seront en fait perçus par les jeunes Syriens comme une confirmation de la propagande anti-occidentale fondamentaliste : en conséquence, ils décideront de rejoindre les rangs des recrues djihadistes.

De cette manière, Bashar el-Assad sera de cette façon officiellement réhabilité par la communauté internationale en tant qu’interlocuteur privilégié (au lieu d’être jugé pour ses crimes contre l’humanité) et, avec le soutien de l’Occident et de la Russie, il obtiendra l’anéantissement de Daesh ainsi que de tous les groupes de pouvoir qui aspirent à contrôler la région. Au niveau politique, il n’y aura plus aucune alternative démocratique, en raison de l’appauvrissement du front révolutionnaire de l’opposition syrienne.

Renverser la dictature syrienne, libérer tous les prisonniers politiques détenus dans les prisons du régime et de Daesh, ainsi que permettre à tous les réfugiés syriens de retourner en Syrie : c’est l’appel lancé par les deux journalistes à la communauté internationale, afin de soutenir la mise en place d’un ordre véritablement démocratique en Syrie.

Youcef Seddik et Louai Aboaljoud n’ont pas demandé l’asile à la France ; leur retour pour Alep est prévu le 30 novembre.

Ci-dessous une galerie photo de la rencontre (crédit photo : Lisa Viola Rossi/MDJ)

 

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