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Débat : Poutine, icône des nationaux-populistes européens

Par Saida HUSEYNOVA

Le dimanche 16 février, un débat, animé par Alexis Lacroix et Galina Ackerman, écrivain et spécialiste de la Russie, a été organisé au cinéma Saint-Germain à Paris dans le cadre des séminaires de La Règle du jeu. Les thèmes essentiels évoqués ont été ceux autour de la politique de Poutine, du danger de cette politique pour la France, pour l’Allemagne, pour le reste du monde, et de la mobilisation de la société civile. Le débat s’est déroulé avec la partecipation de Mischa Gabowitsch, Mikhail Rykline, Michel Eltchaninoff, philosophes, et les témoignages d’Oksana Shachko (Femen) et Zara Mourtazalieva, journaliste et blogueuse, ex-prisonnière tchétchène. 

Vladimir Putin

Photo de www.foxnews.com (AP/RIA NOVOSTI/PRESIDENTIAL PRESS SERVICE)

Le débat a commencé par le discours de Galina Ackerman qui était rentré de Kiev. Elle a évoqué les enjeux du Maïdan pour l’avenir de l’Europe dans le contexte du thème du débat. D’après elle, Poutine ayant toujours la nostalgie de l’URSS, soutient des régimes « amis » dont le président ukrainien Viktor Ianoukovitch. Elle a attiré notre attention sur le fait que c’est l’avenir de l’Europe qui se décide en Ukraine en ce moment : « Les Ukrainiens ne veulent pas être associés à un autre régime pourri qui est celui de Poutine, y compris d’entrer dans l’Union douanière avec la Russie qui va lier l’Ukraine avec trois autres régimes dictatoriaux ; russe, biélorusse et kazakh. Ils veulent vivre dans un état civilisé, un état de type européen, ils veulent changer en profondeur les institutions. Il ne s’agit pas seulement de se débarrasser de Ianoukovitch, il s’agit de se débarrasser du système d’un état machiavélique. Et je n’ai pas vu un seul slogan anti-russe et antisémite sur le Maïdan, contrairement à ce que disent les médias russes», a-t-elle affirmé.

 

Mischa Gabowitsch, philosophe, est venu spécialement de Berlin pour cette rencontre. Il a trouvé assez anormal que, dans le cadre d’un séminaire consacré à la Russie, à la société russe et à Poutine, l’Ukraine était automatiquement évoqué comme si elle faisait parti d’un certain «Royaume Russe». Cependant M. Gabowitsch était dans l’ensemble d’accord avec l’analyse de Mme Ackerman sur les événements en Ukraine.

 

Au sujet de l’évolution de la société civile russe et la culture de la protestation, M. Mischa Gabowitsch a attiré l’attention sur le rôle des médias : «Les images des manifestations en Russie ont été créées par des médias moscovites, les images étaient extrêmement pauvres, elles ont été produites par les médias russes, et aussi bien par les médias occidentaux et qui ont été prises à leur tour par les manifestants en Russie. Et l’une des raisons pour lesquelles les manifestations se sont terminées en Russie, est que les manifestants ne se reconnaissaient pas dans ces images médiatiques d’un mouvement de classe moyenne. Sans oublier que, la répression policière et l’adoption de nouvelles lois qui limitaient les manifestations, existaient aussi ».

 

Évoquant le rôle de la religion orthodoxe dans l’idéologie de Poutine, et la transformation de son régime, Mikhail Rykline a constaté que Poutine, qui règne en Russie depuis plus de 14 ans, voulait gouverner sans idéologie. En clair, il manipule des idéologies diverses, y compris l’orthodoxie, le libéralisme, l’aspiration démocratique qui était fort dans les années 90. « Après la fameuse déclaration du président Medvedev, en 2011, annonçant que Poutine allait se présenter aux présidentielles, ce dernier est venu au Kremlin très affaibli car il a perdu le soutien de la grande partie de la classe créative. Étant donné que l’électorat est très attaché à l’église, Poutine devient dépendant  de l’église orthodoxe.»

 

En continuant la discussion sur le même thème Michel Eltchaninoff a affirmé que Poutine veut incarner une sorte de pôle idéologique de défense de la chrétienté : « C’est une simulation chrétienne qui devrait finalement être une forteresse face aux attaques de l’islamisme d’un côté et à l’américanisme de l’autre. L’américanisme qui est perçu par Poutine et ses idéologues comme la désintégration des valeurs traditionnels de la famille, avec par exemple la lutte contre les homosexuels est une forme de machisme politique ».
M. Eltchaninoff a attiré l’attention sur un autre point important et inquiétant pour l’Europe. D’après lui, Poutine n’a jamais eu peur de montrer des passions et des sentiments haineux depuis plusieurs décennies, que nous, de notre côté, essayons de combattre. « L’admiration de N. Sarkozy pour Poutine était liée à la décomplexions politique et idéologique de Poutine. C’est un des moteurs de la jonction entre ce qu’on peut appeler idéologie poutinienne et une nébuleuse, ici en France à l’extrême droite, mais aussi dans des mouvements qui font des ponts entre la Droite et l’extrême droite. De l’autre côté, l’idéologie de l’Eurasisme se répand de plus en plus dans un milieu extrême droite européenne, notamment française. La Russie doit s’affirmer non pas en tant que puissance européenne, non pas seulement en puissance orthodoxe, mais en tant que puissance eurasienne ».

 

Par la suite, le débat a continué avec les témoignages exceptionnels de deux femmes engagées, Oksana Shashko (artiste Femen), et Zara Mourtazalieva, ex-prisonnière du régime russe.
Oksana Shashko, est en exil en France, suite aux manifestations du Femen contre Poutine qu’elle a désigné comme leur ennemi numéro 1 en tant que féministe et citoyenne ukrainienne. « Nous sommes contre toutes les dictatures et pour nous, Poutine symbolise les traits d’un dictateur. Dès le début lorsque Ianoukovitch est arrivé au pouvoir nous avons senti la main lourde de Poutine dans la limitation de la liberté et dès le début nous nous sommes opposées à cette alliance de Ianoukovitch et Poutine ».

 

Zara Mourtazalieva, journaliste-blogueuse, a passé 8 ans en prison. Comme l’a expliqué Galina Ackerman, elle a été piégée, accusée de terrorisme sans la moindre preuve et malgré l’intervention de plusieurs défendeurs des droits de l’homme, des ONG, la couverture médiatique, n’a pas aidé. Zara Mourtazalieva a témoigné aussi sur ce que signifie le système judiciaire et le système carcérale sous Poutine. Depuis son arrivée au pouvoir les mauvais chiffres ont augmenté, a-t-elle dit. « Le régime de Poutine, peut-être, n’aurait pas été aussi terrible s’il ne brisait pas en masse la vie des personnes innocentes qui se trouvent incarcérées pour de longues années. Au niveau de l’arbitraire, c’est comparable à la période Stalinienne ».

 

 

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